A Bayonne, la violence d’ETA exaspère
Manex Pagola, : Ouest-France Depuis les attentats et les arrestations de l’été, la situation s’est tendue au Pays basque. Plongée côté français, considéré comme une base arrière d’ETA, l’organisation séparatiste. « Cette sale vieille affaire ne s’arrange pas. Plus personne ne veut en parler. Il y a une lassitude et derrière, une souffrance. » Dans sa permanence d’EA (Eusko Alkartasuna, Solidarité basque), dans une ruelle du Vieux Bayonne, Manex Pagola s’agace de cette actualité à nouveau tatouée ces dernières semaines par ETA. Attentats, arrestation de troisetarras (activistes) en Savoie, découverte de caches d’armes et de matériel dans les Pyrénées françaises.

Le Sud de la France reste une base arrière d’ETA. « Hendaye est un gros village mais Bayonne, ça grouille, c’est plus anonyme, explique Manex Pagola. On peut passer d’un appartement à l’autre, c’est proche de la frontière. » Ces dernières semaines, l’atmosphère s’est sensiblement tendue. « Quelque chose de malsain, s’inquiète Menane Oxandabaratz, coordinatrice de Abertzaleen Batasuna (AB, Unité des patriotes). Il y a moins de contrôles qu’avant sur les routes mais tout est surveillé de façon scientifique, les portables, les mails. L’impression qu’il y a des gens autour de chez vous, que vous les voyez pas. »
Tension palpable. « C’est un grand cinéma qu’il y a ici, grommelle Manex Pagola. Mais ce qui n’est pas du cinéma ce sont les meurtres commis par ETA. » Menane Oxandabaratz avoue être parfois fatiguée : « La lutte armée nous dessert plus qu’elle nous sert.
« Plouc ou terroriste »
Pagola ne mâche pas ses mots : « ETA, ce sont des illuminés. Ils fonctionnent selon une mystique de l’absolu, en dehors des rails politiques. Il faudrait qu’ils comprennent que leurs agissements délégitiment les revendications populaires et démocratiques. » Depuis quelques années, les militants expérimentés d’EA et d’AB ont senti comme un frémissement. « Le fait basque est mieux toléré aujourd’hui qu’en 2000. Avant, quand vous parliez la langue, vous étiez un plouc ou un terroriste. Or, il y a de plus en plus de demandes pour l’apprendre. »
Ces deux formations nationalistes de gauche ont choisi « les petits pas, les petits chemins » pour faire avancer leurs revendications. Comme, par exemple, l’installation ¯ contestée par le pouvoir ¯ d’une chambre d’agriculture basque. « On ne demande pas l’absolu, estime Manex Pagola. Juste un minimum de respect, l’écoute des élus, pouvoir consulter la population. Rien, l’État ne cède rien. Voilà un contexte pour les extrémistes. »
Dès lors, que la « machine infernale » de l’ETA continue à fonctionner ne surprend plus grand monde. « Les États français et espagnols ne font rien pour régler les choses. Lors de la trêve de 2006, Zapatero aurait pu favoriser le rapprochement des prisonniers. Finalement, tout cela les arrange. Pour que ETA arrête vraiment, il faut lui enlever l’excuse qu’elle sert à quelque chose. »
Marc PENNEC.

