Cap’artìculu
Situation de la Corse
Inventaire avant la trêve de l’été
Le printemps 2010 a été celui du changement politique, avec l’arrivée d’un nouvel exécutif régional au pouvoir et la poussée nationaliste plus forte que jamais avec 36 % des voix, dont 26 % pour Femu a Corsica. Pour autant, les effets de cette « nouvelle donne » ne sont pas sensibles, et, dossier après dossier, le sable semble nous glisser entre les doigts. Mais rien n’est encore joué.
Premier dossier : celui du fioul lourd où EDF garde son emprise pour imposer ses choix, alors qu’ils sont manifestement les plus mauvais pour la Corse. Les élus corses proposent d’autres solutions, l’Europe s’en émeut, les populations se mobilisent, mais, comme trente ans en arrière au moment du Vaziu, la machine étatique avance sans sourciller. Trente ans de statut particulier pour ça ? Pour revivre, à la virgule près, le scénario d’un choix aberrant qui a gravement nui à la Corse et aux Corses ? Ce dossier est emblématique : existe-t-il en Corse des progrès véritables, dans la qualité des décisions prises, dans la part faite aux aspirations des Corses et de leur représentation élue, dans la considération apportée à la démocratie insulaire dans son sens le plus large, élus et société civile ? La réponse est imminente, et la pression doit rester la plus forte possible. Il est comme ça des dossiers qui, par leur dimension historique, et en raison de l’heure de leur dénouement, interviennent dans des moments cruciaux. D’autres dossiers sont moins sous la pression de l’actualité, mais il faut en faire aussi le point. La Corse a affiché son ambition environnementale en Méditerranée, qu’en est-il concrètement ? Côté collectivités publiques, pour les deux dossiers clefs, déchets et assainissement, les choses sont hésitantes. Côté déchets, la forte mobilisation contre l’incinérateur a secoué la torpeur et permis quelques progrès. Plusieurs décharges sauvages ont disparu, les premiers résultats pour le tri sont là, mais ils restent notoirement insuffisants, des projets se font jour, comme le recours au tri mécano-biologique, mais les réalisations attendent la révision promise du Piedma, le Plan préfectoral qui avait promis l’incinérateur à la Corse. Au nouvel exécutif d’agir vite, pour que l’on rattrape enfin le temps perdu ! L’assainissement reste un point noir largement sous-estimé. Rares sont les investissements réalisés ces derniers mois alors que les normes européennes se durcissent à juste titre, notamment en ce qui concerne les eaux de baignade. Qu’en sera-t-il si demain le « drapeau rouge » flotte dans plusieurs golfes de Corse faute d’investissements à la hauteur ? Quant aux rivières, ou aux lacs comme par exemple celui de Tolla, nombreux sont les cours d’eau qui reçoivent des égouts « en direct », faute de station d’épuration ou en raison de stations insuffisantes, alors qu’en aval se baignent les estivants. Une « priorité territoriale » est à décréter sur ce dossier qui appelle des investissements importants. L’environnement il en est encore question quand on parle de biodiversité. Mais, depuis le Parc Marin de Bonifaziu, rien de neuf sous le soleil corse ! Or le milieu marin est frappé par une pression touristique toujours plus grande, avec son cortège de menaces sur la préservation des espèces notamment en zone littorale et dans le milieu sous-marin. Là encore une « relance » est plus que nécessaire ! Sans parler du dossier du Padduc que l’État semble vouloir vider de sa substance politique avant même qu’il ne voit le jour. Arritti la semaine dernière a fait le point sur ce dossier. Ainsi, cette "directive territoriale d’aménagement" perdrait tout caractère réglementaire alors que les PLU des communes qui dérogent à la loi littoral se multiplient… Une catastrophe sur le plan de l’environnement et un non sens du point de vue de l’aménagement du territoire et du point de vue de la spécificité de la Corse, qui verrait les PLU supplanter le Padduc alors que ce devrait être le contraire ! Puis enfin il y a la crise économique qui est sans doute en train de rattraper la Corse. Il était prévisible que le « troisième temps » de la crise nous serait particulièrement préjudiciable. Le « premier temps », celui de la baisse de l’activité industrielle avec des plans de licenciement massifs, ne nous a que peu touchés et pour cause, l’activité industrielle corse qui participe à cette économie est très peu (trop peu) développée. Le « deuxième temps » a vu les États ouvrir les robinets de la relance, et la Corse a bénéficié elle aussi des effets de cette relance, tandis que son activité touristique, peu sensible aux aléas du tourisme d’affaires et des tour opérators de type industriel, a tenu le coup. Puis vient le « troisième temps », celui de la « rigueur » qui comprime les dépenses publiques, ce qui, dans une île ou la dépense publique est un des moteurs économiques, ne pourra rester sans effet. Quant au tourisme, on ne sait encore s’il « tiendra le coup » en 2010 comme en 2009. Les signes avant coureurs ne sont guère rassurants. Probablement les destinations concurrentes, frappées l’an dernier, ont amélioré leurs offres et baissé leur prix. La concurrence est plus intense, et la Corse vit pour beaucoup sur ses acquis. Cela risque fort d’être insuffisant. Voilà donc que s’annonce une rentrée de septembre difficile. Pour y faire face, les caisses sont vides, celles de l’État, mais aussi celles des principales collectivités corses, à commencer par la Collectivité Territoriale de Corse, qui est par ailleurs « plombée » par le dossier du train toujours en gare. Dans un tel contexte, il faut avancer en montrant son engagement et sa force d’organisation. Cela vaut pour les autres ; mais cela vaut aussi pour nous ! Femu a Corsica a marqué un magnifique essai en mars dernier. Mais, pour transformer cet essai à l’automne, il faudra faire plus, beaucoup plus, en termes de structuration et de cohérence. ●
François ALFONSI.

