DICTADES (Bernard Manciet "casaus perduts")
Le fichier audio joint est la lecture d’un texte, écrit à la demande de Roger Lapassade, pour servir de dictée aux "calandrètous".
>>Et l’orthographe ???
« La grafia de B.Manciet qu’a seguit, mèi o mens adaise, dempuish mèi de miei-sègle, las refòrmas e contra-refòrmas graficas preconizadas per l’Institut d’Estudis Occitans ; los sons tèxtes ne guardan los traç. Lo lector acostumat a legir l’occitan dens la grafia « classica » seré, segur, susprés de trobar aqueths tèxtes dens la soa grafia d’origina e de constatar las variacions graficas segon los lòcs e las epòcas de publicacion. La presenta edicion (reclams) s’esfòrça de respectar la grafia classica shens assajar -la temptativa estó hèita, e vana qu’estó- de rénder las particularitats foneticas deu gascon « negue »... » (NÒTA SUS L’EDICION-Gui Latry)
Toutun, y a pawze, qon coumencéwi d’aprene lou parla negue, en ço d’ou Félix Arnaudin, lou Bernard Manciet ke-m escriwout :
« Trensacq, le 15 VIIbre 2004 :
Cher Monsieur,
Votre courrier en orthographe phonétique m’est bien parvenu, et m’a plu.
En effet, l’abondance des W et des K a quelque chose de très décoratif... »
Le litérature d’ou Bernard Manciét k’es ue litérature parlade.
>>Le grafy, ako ray ! Ke ’n an sengles per MP3 recordings...
SIMIN PALAY
K’y hadé machan téms, coum aket d’y a pawze —séy pa s’awi bint ans qon arribéy, a pé, a le Balée Urouze—. Triste balée urouze, oun y trembléwen de ret. K’ére le guérre. Un gran bielh amounakat de negue ke drabéwe l’escalié, lounguémen. K’awé lou ouelh ruzat é ue barbe hort loungue, coum lou Moïze. Ne-m soubéni pa mé d’ou plaçot dawan l’oustaw. Lous countre-béns k’éren barrats. Tiréy le sounéte. Rentréy. Ue hemne esmeride, en bét lissan, ke t$apilhéwe de countuñe. « Moussu Palay ? Lou prawbe ! k’es mort. Ke héy dija kawkes journs... Ke sabé dehét de cawzes... K’ére intéligen... K’awé héyt le Rebiste Gastoun Fébus... Ke legïwé dehét... K’awé frem d’amics... Éts beléw pouéte, bous tabé ?... É l’ats dehét coune$ut ? Ke parléwe toutjamé d’un Frédéric Mistral... Éts pa et beléw ?... Saben pa jamé, a béts cops... K’es un noum se lou broumban adayze... »
Le hemnote ke lisséwe, léwgeremen, é biste, dap ue seguide de trucs d’ou hé. É ke pléguéwe, é k’apiéléwe... « Alom ! ke-m baw awë lou hé trop cawt... »
Ataw moussu Palay k’es mort...
É-o ! lou prawbe d’et ... Ke suy jou doun lou swañéwi... Li didi de pa trop legï... « ako ke bes ba estadï ».. —adare, ke-m lou baw awë coum caw—. Hens lous darrés téms ke damouréwe a’ou fotulh, chéts de-s remuda. Ke-m didé un gart de cawzes k’awé héytes. Mé pensats s’awi lou téms de l’escouta... É k’ére binut glourious, poudets pa crede... K’es coum akës cop, qon lous moussus é hadoun le lou’ assemblade de Gastoun Fébus, akës an, a Paw...
É trucs de hé de lissa, é bum, é bum. K’estiréwe les serbietes, k’esplatiwé lous moucadés, tiréwe su’ous cots, é le cusse d’ou linge ke-s hawsséwe.
K’es lou linge d’ou prawbe moussu... K’éri en retard... pensats... Lou journ d’akere assemblade, ke-m li debouy bestï dap le sou’ harde d’ou dimenche, é le caravate, é le camize de pit$ots plecs... « Ke-m ban bï bede... » Jou k’ik hadouy tout, coum e-m coumandéwe. É lous a aténuts tout lou journ. « Ban pa toutun e-m ha ako ! » Lou prawbe moussu ke lous a esperats dink a déts ores d’ou së. É l’endouman, ke sajéy de-m lou descounsoula : « Le jouenesse, susketout le de ouey lou journ pensan pa mé a’ous bielhs... » Ke-m calouy uncouére lou bestï dap le harde d’ou dimenche. É méme li talha un t$icot le barbe. Ke-s métut akï a’ou fotulh, é k’a esperat tout lou journ...
TRADUCTION -Gui Latry- ("jardins perdus" -L’Escampette Éditions-) :
SIMIN PALAY
Il faisait mauvais temps, comme ce jour il ya longtemps -je ne sais pas si j’avais vingt ans- où j’arrivai, à pied, trempé, à la Ballée Urouse. Triste vallée heureuse, où l’on tremblait de froid. C’était pendant la guerre. Un grand vieillard enveloppé de noir descendit l’escalier, lentement. Il avait l’œil rusé et une barbe très longue, comme Moïse...
Je ne me souvenais plus de cette petite place devant la maison. Les contrevents étaient fermés. Je tirai la sonette, entrai. Une femme guillerette, tout en repassant du linge, bavardait sans arrêt. « Monsieur Palay ? le pauvre ! Il est mort. Ça fait déjà quelques jours... Il savait beaucoup de choses. Il était intelligent. Il avait créé la Revue Gaston Fébus. Il lisait beaucoup. Il avait pas mal d’amis. Vous êtes peut-être poète, vous aussi ?... Vous l’avez connu ?... Il parlait souvent d’un certain Frédéric Mistral. Ce n’est pas vous, au moins ?... On ne sait jamais, quelquefois... C’est un nom qu’on se rappelle facilement... »
La petite dame repassait avec légèreté, vite, en ponctuant son geste de coups de fer. Et elle pliait, et elle empilait... « Allons bon ! je vais avoir le fer trop chaud... »
Ainsi Monsieur Palay est mort...
Eh oui, le pauvre... C’est moi qui m’occupais de lui... Je lui disais de ne pas trop lire... « Ça va vous fatiguer »... (Je vais avoir mon fer comme il faut...). Dans les derniers temps, il restait dans son fauteuil, sans bouger. Il me racontait un tas de choses qu’il avait faites. Mais pensez si j’avais le temps de l’écouter. Et il était devenu orgueilleux, vous ne pouvez pas savoir... C’est comme la fois où ces messieurs ont tenu leur réunion de Gaston Fébus, cette année, à Pau...
Et de frapper avec le fer à repasser, pif, paf. Elle tendait les serviettes, aplatissait les mouchoirs, tirait sur les cols et la pile grandissait.
C’est le linge du pauvre Monsieur... J’étais en retard... Pensez. Le jour de cette réunion, il fallait que je l’habille avec ses habits du dimanche, et la cravate, et la chemise à petits plis... « Ils vont venir me voir... ». Moi, j’ai fait tout ce qu’il me commandait, et je les ai attendus toute la journée. « Ils ne vont quand même pas me faire ça ! » Ce pauvre monsieur les a attendus jusqu’à dix heures du soir. Et le lendemain, j’ai essayé de le consoler : « Les jeunes, surtout ceux d’aujourd’hui, ils ne pensent plus aux vieillards... » Et j’ai dû une fois encore lui mettre ses habits du dimanche. Et même lui tailler un peu la barbe. Il s’est assis là, sur le fauteuil, et il a attendu tout le jour...
Fichier audio :
http://gasconha.com/debat/spip.php?...
Répondre à ce message