Communiqué de l’Union Démocratique Bretonne du 4 juin 2012
Classée dans les grandes fortunes de France, la famille Doux en grandes difficultés financières avec plus de 430 millions de dettes, voudrait sans bourse délier, faire payer aux 3400 salariés du groupe, aux 800 éleveurs intégrés et aux finances publiques le sauvetage de son empire familial. Le groupe, marqué par une faible rentabilité, a souffert de la guerre des prix dans le secteur de la volaille industrielle, de la hausse des coûts de l’alimentation des volailles et de l’énergie ; seul le secteur de la volaille « Label » est resté économiquement performant.
Dès 2009, le Groupe Doux a été le premier acteur de la filière à exporter directement en Chine depuis ses sites de production au Brésil, ce qui lui a permis de bénéficier d’aides européennes à l’exportation !! Depuis une dizaine d’années, c’est un milliard d’euros d’aides de la PAC qui auront enrichi l’empire Doux alors que dans le même temps 30% des agriculteurs bretons disparaissaient dans la tourmente économique et dans des drames humains.
L’UDB plaide depuis longtemps pour la réforme de l’agroalimentaire, premier employeur en Bretagne.
La Région Bretagne, première région de France par le volume agricole produit et avant-dernière par la valeur ajoutée, montre une nouvelle fois l’absurdité de ce système économique basé sur les volumes pas chers destinés à l’exportation ou aux produits "premiers prix" de la grande distribution, qui cassent les économies des pays du sud et transforment ici les producteurs intégrés en esclaves des temps modernes et les salariés en variable d’ajustement, et qui détruit l’environnement.
Doux : Acte I de la démondialisation de l’économie chère à Montebourg, ministre du redressement productif ?
A peine en place, le gouvernement de gauche de Jean-Marc Ayrault se trouve face à une situation de crise économique et sociale qui questionne le système productiviste agricole, lui-même remis en cause du point de vue écologique par un rapport ministériel rendu public le 11 mai dernier, rapport qui préconise ni plus ni moins la métamorphose du modèle agricole breton !
Avec la volonté de DOUX de se transformer en multinationale à partir d’une base locale bretonne, nous avons l’exemple même d’une mondialisation ratée malgré les aides européennes. Nous avons à relever le défis d’une démondialisation non préparée qui prend les acteurs au dépourvu et en otage.
Exercice de crise pour le gouvernement
Les enjeux sont désormais clairs pour la gauche, l’actualité rattrape les 60 engagements du président François Hollande. Pour que "défendre l’agriculture française et soutenir la ruralité ", "donner aux producteurs les moyens de s’organiser pour rééquilibrer les rapports de force au sein des filières, face à la grande distribution", "encourager la promotion de nouveaux modèles de production et de
l’agriculture biologique", "faire de la France la nation de l’excellence environnementale", ne restent pas lettre morte, il faut identifier les solutions pour sauver Doux et se poser la question des moyens juridiques pour imposer une intervention de l’Etat sur un plan de sauvegarde.
Les propositions de l’UDB :
les salariés et les éleveurs intégrés ne doivent pas faire les frais des mauvais choix stratégiques de la direction Doux, l’État doit faire preuve de fermeté face à un empire familial qui se joue des salariés, des éleveurs, des banques et des pouvoirs publics : il faut la transparence de l’usage des fonds publics et l’alerte citoyenne possible.
les syndicats devraient avoir leur place dans la gestion des entreprises du secteur industriel et dans l’agriculture intégrée, la liberté du choix syndical et l’efficacité syndicale à défendre ses travailleurs-paysans devrait être entière.
le système productiviste dédié à la production massive de marchandise basique à vil prix ayant atteint ses limites, il appartient au gouvernement d’impulser de nouvelles orientations agricoles et agroalimentaires qui permettront la souveraineté alimentaire française et européenne par une agriculture productive -mais pas productiviste comme aujourd’hui- respectueuses des écosystèmes et génératrice de valeur-ajoutée viable pour les agriculteurs. Aujourd’hui les filières "Label" se portent mieux et sont économiquement performantes.
la gestion directe des aides de la PAC par les Régions, la mutualisation de celles-ci, la reconnaissance sociale et financière des services rendus par l’agriculture pour la qualité de l’eau, la biodiversité, la santé humaine sont autant d’outils et de facteurs qui permettront la conversion de l’agriculture et éviteront la concentration d’outils de production dans quelques mains comme c’est le cas pour la production avicole dans les mains du groupe Doux.
la réorientation agricole n’est possible que si l’industrie agroalimentaire est maintenue avec ses nombreux emplois : quelle place pour le monde agricole et les syndicats dans les organismes de décisions ? Quelle garantie de revenu pour les agriculteurs qui changeraient pour d’autres façons de produire ?

