En Europe les « régionalistes » et les écologistes ont depuis dix ans formé un même groupe au Parlement Européen, le groupe Verts-Alliance Libre Européenne (ALE) qui est présidé par Daniel Cohn-Bendit. Ce groupe compte 37 députés Verts et 6 députés ALE (deux écossais du SNP, une Galloise, un Basque, un de la minorité Hongroise de Roumanie et une russophone de Lettonie). Autonomiste corse, François Alfonsi a été désigné en décembre 2008 pour représenter collectivement au sein de l’ALE les partis autonomistes et régionalistes bretons, alsaciens, catalans, savoyards, basques et occitans...regroupés dans la Fédération Régions et Peuples Solidaires. Les prochaines échéances européennes au mois de juin seront un moment fort pour les euro-régionalistes qui défendent la vision d’une Europe des peuples et qui espèrent bien infléchir la trajectoire du projet d’Union de la Méditerranée. S’agissant de l’Afrique du Nord, les parlementaires de plus en plus informés sur la situation des Amazighs, ont pris la mesure du problème. François Alfonsi compare le sort qui est fait à la culture berbère à la question du Tibet.
Vous êtes candidat aux élections européennes du 7 juin prochain, pouvez-vous vous présenter brièvement ?
J’ai 55 ans et je suis ingénieur à l’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie. En tant que Corse je me bats pour la reconnaissance des droits historiques et culturels du peuple corse depuis plus de trente années. J’ai été Conseiller à l’Assemblée de Corse de 1987 à 1998, et je suis maire de ma commune, Osani, depuis 2002. Je suis le porte parole du Partitu di a Nazione Corsa (PNC) qui, depuis 2002, a pris la suite del’Unione di u Pòpulu Corsu (UPC). Le PNC se définit comme un parti nationaliste, prônant l’autonomie de la Corse en Europe, et se situant dans un combat exclusivement public et démocratique. Vous êtes numéro 2 dans la liste Europe-Ecologie dans le sud-est de la France. Pourquoi cette alliance RPS-Verts ?
Je suis un des principaux responsables de la Fédération Régions et Peuples Solidaires où nous nous sommes unis avec les autonomistes bretons (UDB- Union Démocratique Bretonne), occitans (Poc- Partit Occitan), catalans (CDC-Convergencia Democratica di Catalunya, et ERC- Esquerra Republicana di Catalunya), basques (EA- Eusko Alkartasuna, et PNB- Parti Nationaliste Basque), savoyard (MRS- Mouvement Région Savoie), et alsacien (UPA- Union du Peuple Alsacien). J’ai été désigné lors de notre Congrès de Corti pour représenter l’ensemble de la Fédération en négociant avec les Verts une place éligible dans le Sud-Est. Cette négociation a débouché positivement, et RPS mène donc campagne, outre la circonscription du Sud-Est, dans toutes les circonscriptions où nous sommes présents, notamment le Sud-Ouest et l’Ouest. Au plan européen, notre regroupement s’appelle l’Alliance Libre Européenne. Je suis un des membres du bureau politique. L’ALE compte des partis puissants, comme par exemple les Ecossais du Scottish National Party, et les six députés européens de l’ALE siègent avec les Verts dans un même groupe parlementaire présidé par Daniel Cohn-Bendit, le groupe Verts-ALE, qui est le quatrième groupe du Parlement Européen. C’est dans ce cadre que s’est négocié le partenariat avec les Verts. Ce qui, pour les élections européennes qui auront lieu le 7 juin prochain, m’amène à occuper pour la circonscription du sud-est qui contient Rhône Alpes, Provence Alpes Côte d’Azur et Corse la place de second derrière Michèle Rivasi qui conduit la liste.
En tant que responsable du Parti Nationaliste Corse (PNC) et membre de Régions et Peuples Solidaires (RPS), vous aviez invité à votre université d’été à Corti en juillet 2008, le Congrès Mondial Amazigh, l’association Corso-Berbère, le PDAM et vous avez adopté une motion de soutien au peuple amazigh. Expliquez-nous pourquoi cette solidarité avec la cause amazighe ?
Nous avons lancé cette invitation car notre Université d’été avait programmé une réflexion sur le projet d’Union pour la Méditerranée, et l’UDB, notamment Nicole Logeais qui est une des responsables principales de RPS, avait proposé votre participation pour nous éclairer sur la situation de « l’autre rive ». A entendre vos responsables, et notamment votre Président Belkacem Lounès, nous avons beaucoup appris, et surtout nous avons compris que rien ne se ferait de durable sans que tous les peuples et toutes les cultures ne soient reconnues dans cette « Union » future. Cela vaut de ce côté-ci de la Méditerranée, pour nous autres Corses, Occitans ou Catalans, mais cela vaut tout autant de l’autre côté pour la culture et le peuple amazigh. Et, dans ce projet qui doit abolir les fossés qui séparent le nord et le sud, au plan écologique, au plan économique, mais aussi au plan démocratique, le sort qui est fait à la culture amazighe est pour moi emblématique. Je compare cette question à ce que la question du Tibet représente par rapport à la Chine : tant que le pouvoir en place refusera de reconnaître les droits des peuples, il n’y aura pas de démocratie véritable, et il n’y aura donc pas « d’Union pour la Méditerranée » qui pourra nous satisfaire.
Si vous êtes élu, que comptez-vous faire au sein du Parlement européen ?
Je compte bien sûr utiliser cette tribune pour faire progresser la cause du peuple corse, et de tous ceux qui auront participé à mon élection, mes amis de RPS en tout premier lieu, parmi lesquels je compte le mouvement amazigh même si nous avons encore à formaliser votre participation à RPS. Au plan pratique, certaines commissions de travail seront ma priorité en tant que parlementaire européen, et notamment celle qui sera mise en place pour s’occuper du projet d’Union pour la Méditerranée.
Propos recueillis par Myzwar pour Kabyle.com

