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François Alfonsi, l’européen< - Le 6 mai 2009

François Alfonsi, l’européen

Deuxième sur la liste Europe Écologie, derrière Michèle Rivasi, le porte-parole du PNC a de fortes chances d’être élu au parlement européen.

- François Alfonsi, actuel porte-parole du PNC (parti de la nation corse) sera-t-il le seul homme politique insulaire à siéger au parlement européen en juin prochain ? C’est possible, voire probable. C’est en tout cas, actuellement, le mieux placé pour y parvenir. Même si Alain Mosconi, qui figure en 3e position sur la liste sud-est du NPA de Besancenot, a lui aussi des chances d’y arriver.

Représentant la Fédération régions et peuples solidaires, François Alfonsi, lui, est deuxième, derrière Michèle Rivasi qui conduira la liste Europe Ecologie dans le sud-est. Liste dont, rappelons-le, les vedettes « nationales » sont Daniel Cohn-Bendit, l’ex-magistrate Evelyne Joly et l’alter-mondialiste José Bové.

François Alfonsi est né en 1953 à Ajaccio, où son père dirigeait la librairie-papeterie Hachette. Il a ensuite suivi ses parents sur le continent ; son père continuant sa carrière dans la célèbre maison d’édition, notamment au Havre et dans la région parisienne où François Alfonsi a poursuivi sa scolarité au lycée de Sèvre. Après le bac, il a fait « math-sup » et « math-spé » avant de rejoindre une école d’ingénieur à Grenoble, l’INPG.

C’est à cette époque qu’il rencontre sa femme et qu’il participe à la création du Groupement pour l’avenir de la Corse. La Corse où les « événements » ont débuté avec l’affaire des boues rouges et vont se poursuivre, en 1975, avec celle d’Aleria. Si François Alfonsi n’est pas, à ce moment-là, à proprement parler un nationaliste, il s’intéresse à l’histoire de l’île et à son avenir. Comme beaucoup d’étudiants corses, il a lu Main basse sur une île de Charles Santoni et les idées autonomistes ne lui sont pas étrangères, même si son engagement est avant tout « progressiste ».

Il rentre en Corse en 1976 et enseigne les mathématiques à Vico avant de devenir, à la suite d’un concours, agent de développement au parc régional, dans les Deux Sevi. Avant de participer, en 1983, à la création de la future ADEME (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’énergie) au sein de laquelle il travaille toujours.

Parallèlement, il s’engage en politique ; d’abord, dans le domaine de l’environnement puisque, militant du GARDE, il participe, à la fin des années soixante-dix, à la lutte contre l’implantation de la centrale du Vazzio. Avant d’entrer à l’UPC (Union du peuple corse) en 1983. C’est sous cette étiquette qu’il sera élu conseiller territorial à l’Assemblée de Corse, de 1987 à 1998. En 2002, avec Jean-Christophe Angelini, il devient leader du PNC (Parti de la nation corse) qui remplace, en l’élargissant, l’UPC. Et il figure en 13e position sur la liste d’Union Nationale formée par l’ensemble des nationalistes à l’occasion de la territoriale de 2004. Entre-temps, il a participé à plusieurs élections locales et nationales et, en 2002, il est élu maire d’Osani. Une commune de la région des Deux Sevi qui ne compte que 115 habitants (56 inscrits), mais où les problèmes d’environnement, chers à Alfonsi, se posent avec acuité, compte tenu de la fréquentation touristique estivale, notamment à Girolata qui dépend de sa commune. Et là, en matière d’élimination des déchets et de limitation des pollutions venues des nombreux bateaux qui stationnent dans le golfe, il y a tout à faire. C’est dire si, depuis 2002, François Alfonsi a « les mains dans le cambouis » et peut confronter ses idées avec la réalité.

Sa candidature aux élections européennes, il la voit avant tout comme une manière pour la Corse et les Corses de « peser sur les options jacobines de l’État Français » au travers d’une institution qui dépasse le strict cadre des états nationaux. « Je suis candidat comme Corse autant qu’Occitan, Breton, Savoyard, Basque Alsacien ou Catalan, explique-t-il. Toutes nos identités buttent sur un même problème : le rouleau compresseur de l’État français qui écrase tout ce qui est différent : les langues, les cultures, les modes de vie et même les territoires façonnés par les générations qui nous ont précédés. L’Europe est une chance pour nous. Elle manifeste de façon évidente qu’un Italien et un Écossais, s’ils sont égaux comme citoyens européens, n’en sont pas moins différents dans leur culture et leur mode de vie ».

D’où « l’intégration » dans les différentes listes européennes constituées par les verts de divers représentants de la fédération régions et peuples solidaires qui regroupe aussi bien des Corses que des Écossais, des Gallois ou des Basques. Tous envisageant d’infléchir, au sein de l’Europe, les politiques nationales qui les concernent ; les Corses faisant, pour l’instant, partie des plus mal lotis en Europe. Même l’Espagne, pourtant fasciste et centraliste, a su laisser la place à de larges autonomies. Et la Grande-Bretagne a prononcé « la dévolution » de l’Écosse comme du pays de Galle et la violence politique a fait place à un processus de paix en Irlande du Nord.

« Avoir des élus à Bruxelles et Strasbourg, c’est faire peser les intérêts de la Corse là où il est important qu’ils pèsent, précise Alfonsi. C’est donc l’intérêt du mouvement nationaliste que d’élire un représentant au parlement européen, car la question corse ne sera posée véritablement avec force qu’à condition que le mouvement nationaliste prenne de l’ampleur, des responsabilités et soit reconnu comme un interlocuteur légitime. Le 7 juin, on peut faire un grand pas en avant vers cet objectif et tous les nationalistes doivent s’unir pour y parvenir ».

Reste à savoir, outre le handicap prévisible d’un manque d’intérêt pour le vote européen, si les rivaux nationalistes du PNC entendront ce message et iront voter pour le « réformateur » François Alfonsi.

Gilles Millet

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