Sarkozy et son ministre Besson ont, pour des raisons qui déshonorent la politique, du moins celle que nous voulons et pratiquons, cru bon de devoir lancer le débat sur l’identité nationale française, hélas de façon biaisée. Le but est double et la majorité des observateurs politiques l’ont souligné, il s’agit, d’une part, de faire diversion et de détourner l’attention des citoyens des problèmes de fond (chômage, inégalités sociales et territoriales, libertés individuelles et collectives menacées) qui minent la société et que le libéralisme sarkozien aggrave au lieu d’atténuer, et, d’autre part, de rééditer le coup de l’élection présidentielle, à savoir capter le maximum de voix de l’électorat lepéniste à la veille d’élections régionales qui ne se présentent pas sous le jour le plus favorable pour l’UMP, les sondages montrant en effet le net recul de la majorité présidentielle dans les intentions de vote.
Un débat sur l’identité ? Pourquoi pas ? La République est, aujourd’hui, confrontée au problème des banlieues, à la prise en compte de nouvelles identités culturelles, comme elle l’est, depuis le début, aux revendications de communautés historiquement identifiées, établies antérieurement à la création de l’État français. Le moment était sans doute venu de repenser la citoyenneté en fonction des évolutions du monde moderne : arrivée de populations d’origines diverses dans le cadre de la mondialisation et évolution des États européens vers la reconnaissance de ce qu’il est convenu d’appeler, dans le vocabulaire français, « le fait régional ». Il n’en sera rien. Il ne s’agit pas, pour le pouvoir actuel, de repenser le concept de citoyenneté en termes d’ouverture, de diversité, de pluralité, mais de faire appel aux valeurs de la France profonde et éternelle (sic), de la « France incréée », pour reprendre l’expression, jadis, du Breton Yves Person.
L’occasion était belle pour la gauche de faire entendre sa voix dans ce débat et de montrer qu’elle au moins avait fait sa révolution intellectuelle, sachant désormais distinguer entre identité, nationalité, citoyenneté. C’était trop attendre des progressistes humanistes universalistes auto proclamés ! À l’exception notable des écologistes, singulièrement des Verts, par nature fédéralistes et défenseurs de la diversité sous toutes ses formes, la gauche française n’est pas à la hauteur de ses responsabilités. Au lieu de proposer des changements novateurs, comme elle a su le faire en desserrant, par les lois Defferre de 1982 et 1983, le carcan d’une centralisation étouffante, elle se replie – et pas seulement les Chevènement et autres Mélenchon – sur l’État-nation, rempart supposé contre les menaces du monde moderne, creuset de la France une et indivisible, modèle indépassable de l’organisation des citoyens.
L’élection régionale du printemps prochain sera pour nous l’occasion, avec Europe Écologie Bretagne, de mettre en avant notre conception d’une citoyenneté moderne qui additionne les identités au lieu de les opposer, comme le fait systématiquement la droite et, hélas, trop souvent la gauche. Ce sera aussi un moment fort de notre combat contre la réforme des collectivités à la sauce Sarkozy. Les deux questions sont en effet liées, car empêcher l’émergence de régions majeures c’est, en Bretagne, objectivement, vouloir empêcher la manifestation d’une conscience, d’une identité, d’une citoyenneté bretonne qui ne demandent, nous le sentons tous, qu’à s’exprimer en toute liberté.
Herri Gourmelen, membre du bureau politique de lʼUDB

