Interview de François Alfonsi dans Enbata
1) Votre alliance, dans le cadre de « Régions et Peuples Solidaires », avec Europe Ecologie vous situe à une deuxième place éligible de la la liste dans la région Sud-Est. Quelle est la signification de cette candidature corse ?
C’est avant tout une candidature Régions et Peuples Solidaires, et c’est à ce niveau qu’elle s’est négociée, après plusieurs années de partenariat politique avec les Verts, et avec l’appui de l’Alliance Libre Européenne au Parlement Européen, dans la mesure où, depuis 10 ans, Daniel Cohn-Bendit co-préside le groupe Verts-ALE. Mon investiture est intervenue à Corti, lors du Congrès annuel de RPS, et elle procède d’une analyse du scrutin -le Sud-Est, avec 13 députés élus, est la circonscription où un second député est le plus accessible-, et de mon investissement personnel dans l’animation politique de la Fédération depuis sa création il y a quinze ans. Les bons résultats du PNC en Corse ont également contribué au succès de la négociation. Mais sans une démarche collective, solidaire et dynamique sur tous les territoires, cette candidature n’aurait pu déboucher sur une place éligible au Parlement Européen.
2) Plus largement, les peuples sans Etat de l’hexagone, Breton, Occitan, Catalan, Basque..., se retrouvant dans Europe Ecologie. Est-ce la meilleure façon de porter nos revendications au cœur de l’Europe ?
Nous aurons une première réponse au soir du 7 Juin ! Et même si je ne suis pas élu, je pense que RPS a réussi à franchir un palier dans son action en imposant ses thèmes, et en manifestant un bon dynamisme sur tous les territoires. A travers Europe Ecologie nous avons d’ores et déjà obtenu une reconnaissance politique. Avec un parlementaire européen, nous n’en serons que plus efficaces. Déjà, par le fait même qu’un nationaliste corse soit élu député européen, c’est un message direct aux autres parlementaires, et à l’ensemble des autorités européennes : il existe bel et bien des nations sans Etat dans l’hexagone dont le poids politique n’est pas marginal contrairement à ce que prétendent les autorités françaises. L’autre conséquence est que nous intégrons, à travers l’ALE, un combat très large, celui des nations en Etat en lutte pour obtenir leurs droits nationaux. Ce combat doit être mené collectivement pour espérer bousculer l’ordre établi des Etats. Dans toute l’Europe, on ressent bien que la France est, de tous les Etats européens, le plus idéologiquement centraliste, et le plus fermé à toute évolution vers un « élargissement intérieur », en direction des nations comme Euskadi, la Catalogne, l’Ecosse,etc.., tel que le prône l’ALE dans son manifeste adopté en vue de ces élections européennes. En accédant au Parlement Européen, nous nous inscrirons nous aussi dans ce mouvement général.
3) Editorialiste de l’hebdomadaire corse « Arritti », porte-parole du Parti de la Nation Corse, maire d’Osani et l’un des principaux animateur de « RPS », fort de ces engagements et de ces expériences pensez-vous que l’Europe puisse dépasser l’enfermement de nos peuples dans les Etat-nations ?
L’Europe aboutira nécessairement au dépassement des Etats. C’est inscrit dans ses gênes, et à l’heure actuelle, plus aucune politique fondamentale n’est opérationnelle au seul niveau des Etats. On le sait depuis longtemps pour ce qui concerne les grands combats environnementaux, car les grandes pollutions ignorent les frontières. On le découvre aujourd’hui avec la crise économique, et si l’euro n’avait pas solidarisé les économies du continent européen, plusieurs d’entre elles se seraient effondrées sous l’effet du séisme que représente la crise actuelle. Et puis réfléchissons en prenant un peu de recul : est-il raisonnable de mettre un signe « égal » entre l’Allemagne et le Luxembourg au prétexte qu’ils sont l’un comme l’autre des Etats fondateurs ? En lançant la construction européenne, les Etats ont lancé une mécanique qui ne peut que les dépasser un jour, ce qui ouvrira des espaces politiques nouveaux pour nos peuples. Pour ce qui est de notre situation spécifique en France, le « formatage jacobin » de l’opinion est extravagant, qui postule par exemple que pour être égaux, il faut être pareils. Mais l’Europe démontre chaque jour le contraire : un Portugais et un Allemand sont deux citoyens européens égaux, en droits comme en devoirs, mais ils sont manifestement différents. Il y a en fait à Paris un « mur jacobin » comme il y avait le « mur de Berlin ». L’Europe chaque jour en sape les fondements, et en unissant nos combats pour les porter ensemble sur le niveau européen, nous accélérerons sa chute.
4) Qui est Michèle Rivasi votre tête de liste et comment étes-vous parvenu à construire votre alliance ?
Europe Ecologie est un rassemblement dont RPS est une des composantes. Dans ce rassemblement se retrouvent tous les courants de l’écologie politique, au delà du parti politique des Verts : courant altermondialiste avec José Bové qui conduit la liste dans le Sud-Ouest, la lutte contre les paradis fiscaux, avec Eva Joly, et le mouvement écologiste associatif dans ses différentes formes, qu’il soit issu de Greenpeace, de la fondation Hulot ou de France Nature Environnement qui fédère une multitude d’associations de terrain. J’inclus le mouvement « régionaliste » dans ce concept de l’écologie politique qui, selon moi, peut bouleverser la donne politique au plan européen, car il représente la véritable opposition à l’Europe des lobbies et du tout libéral. Chaque composante a pris sa place dans la constitution des listes. Michèle Rivasi est une militante des Verts qui a été désignée par son mouvement pour conduire la démarche dans le Sud-Est. C’est une scientifique reconnue qui a créé la Criirad, l’organisme qui a mis en évidence le mensonge d’Etat dans l’affaire de Tchernobyl. C’est une battante, formidable d’énergie et d’engagement. C’est un plaisir de faire campagne à ses côtés.

