22/06/2010 Giuliano CAVATERRA
Dimanche à Bilbo la gauche indépendantiste et le parti Eusko Alkartasuna (EA) ont scellé un accord « historique » s’engageant à lutter ensemble pour construire « un état basque ». Le texte intitulé Bases d’un accord stratégique entre forces politiques indépendantistes est l’aboutissement de plusieurs mois de discussions entre ces deux mouvements. Il met un peu plus en évidence le changement de cycle historique qui est en train de se mettre en place en Pays Basque depuis la déclaration d’Altsasu faite par la gauche abertzale à l’automne, les pas fait par EA en faveur d’une accumulation des forces souverainistes et l’implication d’observateurs internationaux. Ces deux mouvements aux racines différentes et qui ont souvent été antagonistes par le passé notamment sur la question de la lutte armée d’ETA (voir encadré), se sont engagés à « développer une stratégie basée sur la confrontation civique, pacifique et démocratique » face à « l’imposition des nationalismes espagnol et français ». Le texte qui s’engage clairement pour la « construction d’un Etat basque » et fixe comme priorité d’en finir avec « le conflit politique » et d’arriver à « la disparition définitive de la violence » a été symboliquement signé par six membres de chaque formation. Si les deux organisations affirment vouloir établir des relations en priorité avec « ceux qui désirent la construction d’un Etat basque » elles ont aussi affiché leur volonté de travailler avec « les secteurs qui défendent l’autodétermination » afin de dépasser « l’actuel scénario de négation et d’imposition ». Un accord « national » Pour les signataires, cet accord a un caractère « national » (sur les sept provinces du pays Basque) mais conscients « des rythmes distincts dans les différents territoires et cadres de décision » les signataires s’engagent à répondre à ces différences « d’un point de vue de respect et de protection des diversités ». Pour les deux principaux partis espagnols le Parti Populaire (PP, droite) et le Parti Socialiste il n’y a « rien de neuf ». Les représentants du PP ont une nouvelle fois réclamé que la gauche indépendantiste ne puisse se présenter aux élections. Juan Antonio Pastor, porte-parole du parti Socialiste dans la Communauté autonome Basque (Cab), a estimé qu’il s’agissait du suicide politique d’EA. En Navarre, la maire d’Iruñea, Yolanda Barcina, a estimé que puisque EA faisait partie de la coalition NaBai celle-ci pouvait désormais être considérée comme « Batasuna-ETA ». Enfin, tant le ministre de la Justice espagnole, Francisco Caamaño, que le Conseiller de l’Intérieur de la Cab, Rodolfo Ares, ont exprimé hier des menaces d’interdiction envers EA si ce dernier donne une « couverture » électorale à la gauche abertzale. Dans le même temps d’importantes dissensions sont apparues au sein du PS suite aux déclarations du président de ce parti dans la Cab, Jesus Egiguren. Celui-ci avait en effet affirmé qu’il croyait en un « changement important » de la gauche abertzale et avait affirmé qu’en cas de « démarcation de la violence » il faudrait se résoudre à légaliser la gauche abertzale. Il a été aussitôt attaqué par le PP qui demande sa démission et contredit par le Lehendakari Patxi Lopez et le ministre de l’Intérieur espagnol Alfredo Perez Rubalcaba. Il a cependant réitéré ses propos hier peu avant une réunion de la direction du PSE qui s’annonçait houleuse. Deux histoires différentes Cette alliance est sans conteste une nouveauté dans la vie politique du Pays Basque puisqu’elle réunit deux tendances historiquement différentes. Le parti Batasuna (« union ») étant interdit dans l’Etat espagnol c’est sous le vocable gauche abertzale que ce courant se présente publiquement. Il est l’héritier d’Herri Batasuna (HB, « Unité Populaire »). Créé en avril 1978 par plusieurs partis de la gauche indépendantiste et d’indépendants c’est une coalition électorale qui se veut être l’expression de la gauche abertzale sur le terrain institutionnel. Eusko Alkartsuna (« Solidarité basque ») a été créé en 1986, c’est une scission du du PNV (Parti Nationaliste Basque) démocrate-chrétien. Cette scission justement voulait se débarrasser de cette étiquette et être un parti laïque et social-démocrate. EA trouvait aussi que le PNV était trop tiède dans son souverainisme. En 1991, EA qui participait alors au gouvernement basque en fut exclu par le Lehendakari Ardanza car il avait signé des motions indépendantistes dans certaines mairies avec Herri Batasuna. En 1998, EA, le PNV et ETA signent des accords qui donnent lieu à un cessez-le-feu. S’ensuivent les accords de Lizarra-Garazi signés, entre autres par EA et Euskal Herritarrok (gauche abertzale). Entre 1999 et 2008 EA participe aux diverses élections en coalition avec le PNV. En 2008 EA décide de se présenter seul aux élections autonmiques de 2009 et la gauche abertzale propose alors un travail en commun en faveur de l’indépendance
