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« L’écologie politique est une logique de dépassement des États »< - Le 3 mars 2009

« L’écologie politique est une logique de dépassement des États »

François Alfonsi, porte-parole du PNC, candidat R&PS à l’élection européenne du 7 juin prochain dans le cadre du Rassemblement Europe Ecologie animé par Daniel Cohn-Bendit, était l’invité du « Club de la presse » de Rcfm le lundi 16 février dernier. Extraits de cette interview...

Le « Club de la presse » de Rcfm (…) : est-ce que vous avez un commentaire sur (le procès Colonna) ?

François Alfonsi : Comme tout un chacun je suis assez consterné par ce que l’on observe. Le commentaire que je ferais c’est de rendre hommage à la lucidité de la Fédération Internationale des Droits de l’Homme. Le procès d’Yvan Colonna il y a 14 mois avait été présenté par les commentateurs comme étant respectueux de la défense, bien mené… alors que la FIDH a fait un rapport en disant qu’un procès ce n’est pas le seul instant de l’audience, c’est tout ce qui s’est passé avant. Elle avait dit que ce procès n’a pas été instruit en respectant les droits de l’accusé, en faisant valoir une instruction à décharge à côté de l’instruction à charge systématique qui a été menée contre Yvan Colonna. Ce rapport était tombé un peu « à plat ». On ne l’avait pas pris vraiment au sérieux. Aujourd’hui on se rend compte que la FIDH a bien mis le doigt là où il fallait le mettre. À savoir qu’on a amené ce dossier vers un coupable idéal de façon systématique, organisée et consciente, c’est à dire en éliminant tous les éléments qui pouvaient laisser penser le contraire.

Corsica Lìbera qui est votre concurrent nationaliste, a lancé lors de sa constitution un appel à l’union des nationalistes. On sent un changement, qui fait d’ailleurs dire à certains de ses membres que la clandestinité est désormais une illusion, vous pensez que le PNC peut saisir cette main tendue ?

D’abord on ne peut que se féliciter d’un climat qui en ce début d’année 2009 est beaucoup moins tendu qu’il y a un an ou deux. (…) Bien sûr on se félicite des propos qui ont été tenus, et on aura des discussions avec Corsica Lìbera sur la façon de concevoir l’avenir. Maintenant il y avait une union qui était Unione Naziunale en 2004 ; du fait du choix de cette composante liée à la Lutte de Libération Nationale, cette union n’existe plus. Je crois qu’aujourd’hui les deux tendances sont d’accord pour dire qu’il faut de toutes façons faire des offres politiques claires, précises. Dans chaque parti, les militants sont attachés à avoir un discours parfaitement clarifié, et, pour nous, cette clarté du discours est une priorité. (…) Le PNC a affiché la couleur. On a dit qu’il faut que les nationalistes soient capables de s’engager, de prendre leur part de responsabilités dans la conduite des affaires de la Corse. Leur juste part, celle que le suffrage universel est capable de leur conférer. Sur cette politique-là, tout le monde est invité. (…) Maintenant il est évident que nous n’irons pas aux affaires pour occuper des strapontins ou faire l’appoint. Nous pensons nécessaire que les nationalistes soient beaucoup plus impliqués dans la gestion de l’avenir de la Corse et que c’est une des façons de trouver une solution au problème corse.

Dans votre critique du Padduc au PNC, vous dites qu’il met en danger la loi littoral (…) pour ce développement qualitatif qui protège notamment l’environnement, où doit-on développer (…) Girolata par exemple ?

Girolata est un haut lieu du tourisme, je le revendique comme tel, sans qu’il y ait eu besoin de bétonner à outrance (…). Le tourisme en Corse a comme argument principal la beauté de la Corse. Si on sort de cette évidence on est à côté de la plaque. Le qualitatif, il est en ayant une politique touristique qui préserve les espaces remarquables et ne les remette pas aujourd’hui sur la table des possibilités immobilières. Les sites remarquables c’est quelque chose de très important. En Corse le tourisme est adapté à une population donnée qui est le peuple corse. Veut-on faire un tourisme lié aux grands trusts allemands, anglais, etc avec des projets spéculatifs immenses qui cherchent un terrain pour les accueillir ? En ce moment ils les posent à Marrakech ou ailleurs en Europe, ils voudraient les poser en Corse, on le sait bien. Mais ce tourisme-là ne va pas faire la prospérité du peuple corse, il va faire la prospérité de ces grands groupes touristiques. Je pense que le tourisme qui fait la prospérité du peuple corse c’est celui qui fait la satisfaction de ses visiteurs dans l’espoir de trouver une île belle et préservée.

La venue d’Easy Jet, ça vous paraît une bonne chose pour votre développement touristique ?

Ce qui commande le monde qui arrive en Corse, c’est la capacité d’hébergement. C’est en ces termes qu’il faut réfléchir pour avoir notre maîtrise. Après, quelles sont les compagnies qui transportent les touristes ? Je suis attaché au service public, je suis attaché à la CCM. Maintenant je demande à la compagnie de service public des performances. Bien sûr, elle doit rendre un service au meilleur coût et de la meilleure façon aux insulaires. Il doit y avoir un équilibre. Si d’autres compagnies viennent pour une part de marché que l’on définit en maîtrisant notre politique touristique, et qu’ils font des meilleures conditions, on verra bien. Il ne faut pas se couper des routes du tourisme quand on est une île touristique comme la Corse. Et si ces routes passent aussi par les low cost il faut y réfléchir. Ce que je ne veux pas c’est que cela se passe sans concertation et dans le sentiment que rien n’est maîtrisé.

(…) Girolata est relativement préservée parce que son accès se fait essentiellement par mer. Il y a d’autres sites remarquables accessibles par route, et là la pression est immense. Il faut gérer, mais cela n’est pas facile, il y a des problèmes de pollution, …

Il n’y a rien de plus compliqué à gérer qu’un site en cul de sac. C’est pour cela que personnellement en tant que maire d’Osani, je cherche des solutions qui mettent mes concitoyens à un niveau de vie et de commodités comparables à ce qui se passe ailleurs en Corse, tout en essayant d’éviter ce système qui consisterait à faire arriver une route où des voitures se garent, et ne savent plus comment repartir, avec un impact terrible sur les sites, les populations et l’organisation. Il faut gérer, il y a des investissements à faire, je crois que le tourisme en Corse demande beaucoup plus de souci environnemental.

(Vous êtes) probable candidat aux élections européennes* (…) Vous êtes toujours aussi européen, et vous pensez que la solution pour la Corse viendra de l’Europe ?

Je l’ai toujours été et je le suis encore plus (…). La démarche qui regroupe autour des Verts des mouvements associatifs et des mouvements politiques comme le nôtre qui fédère l’ensemble des partis autonomistes, a une dimension avant tout européenne. Sur cette liste, je représente autant les Bretons, les Basques, les Catalans, que les Ecossais, les Gallois, tous ceux qui à Bruxelles, déjà depuis plusieurs mandatures, ont formé avec les Verts le groupe Verts-Alliance Libre Européenne. Ce groupe met l’écologie politique dans une logique de dépassement des Etats. Pour nous, en Corse, c’est quelque chose de très important. Les Etats sont issus de l’Europe du XIXème siècle qui était une Europe en guerre, rappelons-nous…

Mais vous vous y retrouvez comment avec Cohn Bendit, Nicolas Hulot, Bové… quelle est la ligne directrice idéologique de ce conglomérat ?

La ligne directrice c’est l’Europe…

Selon vous, il y a une valeur européenne indépendamment du contenu des politiques ?

Bien sûr. De la même façon que si vous ne mettez pas une dimension corse à la politique qui se fait en Corse, ce sera celle d’un quartier de Marseille ! Chaque dimension institutionnelle porte une logique et les politiques ensuite se déclinent dans cette logique. Sur tous les grands problèmes, et notamment tous les grands problèmes environnementaux, je pense que si les écologistes sont à la pointe de cette vision de l’Europe. C’est qu’il n’y a pas de problème environnemental qui se règle au niveau des Etats : la pollution du Rhin, elle ne va pas se traiter côté français, et pas côté allemand, c’est quelque chose qui dépasse les frontières. L’écologie politique, qui, je le rappelle, siège à Bruxelles avec nos amis députés écossais, gallois, basques ou catalans, a trouvé le discours juste et peut être très rassembleur sur ce thème de l’Europe.

Vous êtes pour le traité de Lisbonne qui est un traité libéral et peu écologiste ?

J’étais pour le traité de Rome pour commencer, qui était encore plus libéral et encore moins écologiste. Je suis pour tout ce qui va dans le sens de la construction de l’Europe. L’Europe était en panne par rapport à l’échec du traité constitutionnel européen, aujourd’hui Lisbonne se fait qui permet d’avancer. Avançons ! Mais avançons pour faire mieux et non pas pour s’arrêter là.

Les territoriales. Il est beaucoup question en ce moment d’un accord politique transversal (…) Vous arrivez aux affaires dans le cadre d’un accord politique, l’an prochain à la collectivité, vous connaissez l’état des finances, les échéances, le PEI, comment vous faites ?

Effectivement la situation que l’on va trouver si l’on y arrive n’est pas bonne (…). Ceci étant dit il faut rebattre les cartes du système. Et pour cela il faut aller à nouveau de l’avant dans la recherche d’une Corse beaucoup plus autonome et beaucoup plus capable de s’assumer elle-même.

Le problème est que sans marge budgétaire vous n’avez pas de politique possible…

Bien sûr, donc il faut la créer ! Quand j’ai été élu maire, évidemment c’est microcosmique, mais on a cherché comment avoir, sans atteinte à l’environnement, une rentrée de ressources à travers l’organisation d’un mouillage pour la plaisance. Il y a nécessité de créer des ressources si l’on veut avoir des politiques, et après chercher des aides, des soutiens. L’Assemblée de Corse aujourd’hui doit faire peser sa réflexion sur ce dont elle a besoin comme moyens et avoir une nouvelle négociation sur un statut qui se rapproche de l’autonomie et permette de rebattre les cartes, y compris sur le plan financier.

(Extraits d’Arritti du 26.06.2009)

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