L’Europe que nous aimons est une mosaïque de peuples, et chaque élément de cette mosaïque témoigne de la richesse culturelle de ce continent uni par une longue histoire commune.
Au sein de cette mosaïque, chaque peuple doit pouvoir s’épanouir dans son originalité, et participer ainsi à l’identité du « peuple européen » qui ne peut avoir d’unité que dans la diversité. Telle est d’ailleurs la devise de l’Europe. Il faudra inlassablement mettre les points sur les i pour contrebalancer cette déviation de la pensée tellement répandue dans l’hexagone jacobin : égalité n’est pas uniformité, et que les citoyens soient égaux entre eux n’entraîne pas de facto qu’ils sont tous pareils. Pour nous aider dans cette contre-croisade idéologique qui seule permettra d’émanciper du système jacobin le peuple corse, et les autres peuples concernés, alsacien, catalan, basque, occitan, breton, savoyard, l’Europe nous est d’un grand secours, car elle incarne l’évidence de la diversité.
En Europe, nul ne peut contester qu’Italiens et Anglais, Espagnols et Français, Polonais et Danois, Hongrois et Portugais, etc... sont des citoyens égaux dans leurs droits et leurs devoirs, mais qu’ils sont aussi définitivement différents dans leur identité. Ça, chacun doit l’admettre, et d’autant plus que le sentiment d’une identité différenciée entre ces citoyens de nations avec État a été cultivée tout au long de l’Histoire par les pouvoirs publics. Il y a un demi-siècle à peine, un « bon français » était nécessairement anti-allemand, un bon allemand anti-polonais, un bon anglais anti-français, un bon roumain anti-hongrois, etc. etc. Rappelons-nous que le populisme est avant tout une dérive du nationalisme des États, qui, pour justifier leur volonté expansionniste à l’encontre des peuples voisins, ont toujours usé de ce ressort commode ! Une fois mise en évidence que l’égalité du citoyen italien avec le citoyen allemand va de pair avec une très grande différence des codes culturels et sociétaux, à commencer par la langue, notre situation de Corses s’éclaire d’un jour nouveau, en tant qu’identité différente tout en ayant des droits et des devoirs de citoyens identiques par rapport au reste de la France. Le problème, c’est que, jusqu’à aujourd’hui, la très grande majorité des Français vit encore son identité à travers la représentation des frontières de son État, et que tout est fait pour qu’ils n’en démordent pas.
Pourtant, rien n’est plus faux. L’identité française de la Wallonie est évidente alors que, par exemple, l’Alsace porte une identité germanique incontestable. D’ailleurs, les grands artistes nés en Wallonie sont tous catalogués artistes français, d’Annie Cordy à Hergé, en passant par Salvatore Adamo qui, en tant que fils d’immigré, témoigne de la force d’intégration de cette identité française de Wallonie. À l’opposé, Tino Rossi, tout en participant de la corporation artistique hexagonale, a toujours été catalogué comme artiste « latin », car son identité corse a toujours prévalu malgré une « immersion » totale dans le bain artistique parisien.
Qu’on le veuille ou non, l’Europe interroge toutes les certitudes des États-nations. Si, au nom d’une histoire somme toute récente (1832), on postule que la Wallonie ce n’est pas la France alors qu’elle en est culturellement partie intégrante, pourquoi veut-on imposer aux Flamands, culturellement tout à fait différents, de partager avec la Wallonie une « identité belge » en réalité totalement saugrenue ? Le divorce est inévitable, et gageons que, grâce à l’Europe, il se fera à l’amiable, et que les deux peuples se retrouveront ensemble en tant que citoyens égaux dans une même union consentie, celle de l’Europe. Ce raisonnement vaut pour les Basques, les Écossais, les Catalans, les Gallois, les Tyroliens, les Hongrois de Transylvanie, ... et les Corses. Tous ces peuples ont affirmé leur identité nationale dans leurs luttes et, à travers leur expression démocratique, ils expriment déjà, malgré l’écrasante puissance de l’ordre établi, leur aspiration à la reconnaissance politique de leur identité. En Europe rien n’est plus naturel, et c’est même une condition sine qua non de la construction commune. Aussi, « l’ordre établi » des États s’en trouvera nécessairement affaibli.
En faisant vivre en toute démocratie son modèle de « l’unité dans la diversité », l’Union Européenne pourra faire valoir une référence renouvelée de paix et de respect mutuel. La France, elle aussi, devra y venir.
François ALFONSI

