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Lettre ouverte du Député européen François Alfonsi sur le recours déposé par le Préfet de Haute-Corse contre l’usage de la langue corse par le Conseil municipal de Galeria< - Le 26 avril 2010

A Monsieur le Ministre de l’Intérieur

Objet : recours déposé par le Préfet de Haute-Corse contre l’usage de la langue corse par le Conseil municipal de Galeria. Lettre ouverte transmise à la presse et à l’ensemble des parlementaires français et européens

Monsieur le Ministre,

Le tribunal administratif de Bastia a été saisi d’une requête en annulation déposée par le Préfet de Haute Corse à l’encontre d’une commune de Corse -Galeria- qui a décidé, par voie de délibération, de tenir certaines séances de son conseil municipal en langue corse. L’argument développé par le Préfet est, nous dit-on, « constitutionnel », au nom de l’article 2 de la Constitution française. Vue de Corse, cette censure est une injure faite à des usages bien établis. Nombreux sont les conseils municipaux qui délibèrent en langue corse de façon naturelle. A l’Assemblée de Corse des élus comme Andrìa Fazi ou Ghjàcumu Fieschi se sont régulièrement exprimé en langue corse, et, en certaines occasions, nombre d’autres l’ont fait eux aussi, à commencer par le nouveau président de l’Assemblée de Corse, Dumènicu Bucchini. Va-t-on demain annuler les délibérations de la Collectivité Territoriale de Corse pour un tel motif ? Vue d’Europe, cette position de l’Etat français est tout bonnement surréaliste. Le traité de Lisbonne a donné de nouvelles garanties en matière de respect de la diversité linguistique. En Espagne, les Catalans ou les Basques délibèrent dans leur langue, idem pour les Tyroliens en Italie, pour les minorités hongroises en Slovaquie ou en Roumanie, pour la minorité turque en Bulgarie, pour les Frisons en Hollande, pour la minorité suédophone en Finlande ou pour les peuples lapons en Finlande et en Suède. Une Constitution a par essence vocation à assurer la défense des libertés. Quelle est la liberté des Corses si il leur est interdit d’utiliser la langue corse dans leur île ? L’attitude de l’Etat français dans cette affaire est tout bonnement inacceptable, et contraire à tous les principes de liberté et de respect de la diversité qui président à la construction européenne.

En votre qualité de Ministre de tutelle des Préfets dans les départements et les régions, je vous interpelle publiquement, sans malheureusement espérer une véritable réponse tant l’administration et la classe politique françaises font preuve d’autisme à propos des droits linguistiques en France.

Salutations distinguées

François ALFONSI Député Européen

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