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N°2199< - Le 23 juin 2010

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Arritti n°2189

Cap’articulu, par François Alfonsi

Sarkozy, le début de la fin ?

Nicolas Sarkozy est entré dans la dernière période de son mandat, deux années durant lesquelles des initiatives sont encore possibles, mais où chaque jour qui passe accélère la marche du temps. Viendra ensuite l’heure de la campagne électorale, dans quelques mois à peine.

Pour la Corse, cette période a commencé par un chambardement politique. Lors des territoriales de mars 2010, la droite a été laminée ; Camille de Rocca Serra, l’homme du Président, en est sorti particulièrement affaibli ; et le nouvel Exécutif de Paul Giacobbi penche résolument à gauche, bien loin des espoirs élyséens de l’été 2009, quand la presse bruissait de rumeurs sur l’avenir ministériel d’un Giacobbi transfuge. Parallèlement, l’explosion du score nationaliste, 36 % pour le total des deux listes, quand 25 % semblait la barre infranchissable des scores nationalistes depuis 1992, est venue confirmer, au détriment des déclarations de début de mandat du Président de la République, une réalité de base : les nationalistes sont bel et bien au centre du jeu politique insulaire. Dans ce contexte, en attendant que la droite panse ses plaies, et faute de pouvoir « récupérer » un Giacobbi désormais adoubé par le PS de Martine Aubry, l’Élysée semble « plancher » sur la donne nationaliste. Le premier « signal » avait été le discours d’Aiacciu de Sarkozy venu faire campagne électorale. La mise au rebut du Padduc de Camille de Rocca Serra et Ange Santini, accompagné d’un couplet insolite sur la lutte contre la « spéculation foncière », tout ça dans un discours qui se voulait résolument « positif » en promettant notamment la réalisation du Galsi, a manifestement connu une suite avec la mise en place d’un « dialogue privilégié  » entre l’Élysée et le Président de l’Université Antoine Aiello. La « une » de Corsica consacrée à ces relations, le discours lourdement élogieux du recteur Barat, les incessants va et vient de Mireille Debart, en charge du dossier corse au sein du gouvernement, témoignent en effet d’un activisme réel consacré à ce nouvel axe politique. Dans quel but réel, et avec quels effets concrets ? En fait, la Corse serait une « lacune paradoxale  » dans le bilan des cinq années du mandat présidentiel. Alors que plus que jamais les Corses ont déclaré leur volonté d’une évolution de leur île vers une véritable autonomie, les scores nationalistes sont là pour en témoigner, le bilan du « Président de la Réforme de la France » se résumerait en Corse par un magnifique « ensemble vide ». Rien de concret, aucune réforme, pas même un Galsi puisque EDF s’obstine à faire planer l’ombre du fioul lourd sur l’avenir énergétique de la Corse. Le « nouvel axe » formé avec la Présidence de l’Université peut-il être porteur d’une « nouvelle donne » d’ici 2012 ? Mais comment le serait-il s’il s’inscrit dans une démarche extérieure à la réalité démocratique de la Corse, celle qui, à trois reprises, municipales de 2008, européennes de 2009 et territoriales de 2010, a porté au premier plan une force politique nouvelle ? Dans un proche avenir, nous saurons précisément de quoi il en retourne. En fait, l’avenir politique de Nicolas Sarkozy passe par l’élection présidentielle. Et ses chances sont sérieusement compromises. La faute à la crise économique, certainement, qui a totalement « dévalué » le discours électoral de 2007, « travailler plus pour gagner plus ». La faute aussi à une gouvernance hyperprésidentialisée qui oblige Nicolas Sarkozy à être entièrement comptable du bilan de sa mandature, alors que les fruits de la crise sont amers pour tous les électeurs. Et la faute enfin à des « affaires » dont l’importance commence à émerger, et dont l’actualité va s’emparer toujours plus au fur et à mesure que la campagne électorale va s’activer. Deux d’entre elles défrayent déjà la chronique. Tout d’abord l’implication de l’épouse du ministre du budget, Éric Woerth, dans la gestion de la plus grande fortune de France, gestion dont on vient de découvrir qu’elle recourait à la fraude fiscale. Savoir sa femme impliquée dans cette gestion, au moment même où en tant que ministre il brandissait la menace de sanctions contre les contribuables détenant des comptes en Suisse, ne peut rester sans suite. La démission de ce ministre-clef, qui plus est trésorier du parti gouvernemental, a été demandée par Eva Joly et d’autres. Elle devrait aller de soi, mais chacun sait qu’il en ira autrement. Encore plus grave est l’affaire des rétrocommissions sur un marché d’armement dont l’arrêt des versements aurait conduit à l’attentat de Karachi dans lequel douze ingénieurs de l’industrie de l’armement française ont trouvé la mort. Nicolas Sarkozy était alors lui-même « l’Éric Woerth » d’Édouard Balladur, à la fois son ministre du budget au sein du gouvernement, et le directeur de sa campagne électorale aux présidentielles. Or une part importante de ces rétro-commissions négociées au niveau gouvernemental aurait alimenté le compte de campagne du candidat Balladur. Avec douze morts à la clef, il est impossible que cette affaire puisse être passée durablement sous silence, même s’il ne faut pas sous-estimer la capacité d’étouffement d’un Sarkozy acharné depuis qu’il a été élu à mettre en place un contrôle serré des médias. Avec, comme dernier épisode en date, la volonté d’empêcher coûte que coûte le rachat du Monde par des investisseurs qui ne lui seraient pas favorables. En réalisant le score de l’élection territoriale de mars dernier, nous avons ouvert la porte à de réels changements pour la Corse. Il faut que cela puisse se traduire par un nouveau dialogue avec l’État et ses représentants. Mais il y aurait grand risque à s’arrimer à travers une démarche incertaine à un Président de la République en déclin manifeste.

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