Le procès en appel d’Yvan Colonna s’est ouvert le 9 février devant la Cour d’Assise spéciale de Paris. Au fil des audiendes, la démonstration est faite de l’innocence d’Yvan Colonna... (voir notre rubrique "Ghjustizia"). Avec le 13 février dernier, le coup de théâtre des révélations du haut fonctionnaire, ami du préfet Erignac, Didier Vinolas, c’est un véritable tremblement de terre qui a secoué la Cour et remis en cause toute l’enquête, les affirmations de l’accusation, et la tenue même du procès.
Les moments forts des audiences jour après jour, ainsi que les réactions dans notre rubrique "Ghjustizia".
La déposition de Didier Vinolas a provoqué un véritable coup de théâtre le 13 février 2009, quand il a affirmé : « Il y a peut-être deux hommes dans la nature qui ont participé à l´assassinat du préfet, ça m´est insupportable » Didier Vinolas a déclaré avoir appris cela d’un informateur en septembre 2002, et avoir transmis immédiatement cette information au procureur, Yves Bot, qui a pris la tête du parquet de Paris avant de devenir procureur général en 2005, à Christian Lambert, ex-responsable du RAID (à l’origine de l’arrestation d’Yvan Colonna), mais aussi à la partie civile (le fils du préfet Erignac) et récemment encore au procureur général Laurent Le Mesle, en décembre 2008, ainsi qu’au président de la Cour, Didier Wacogne (en janvier 2009) !
Son informateur, qu´il présente comme une « personne tout à fait respectable », a révélé que ces deux hommes faisaient partie du commando dès l´origine de l´attaque de la gendarmerie de Petrusella en septembre 1997 et qu’ils n’ont jamais été inquiétés par l’enquête… Pris de remords, et voyant qu’aucune suite n’était donnée à ses informations, Didier Vinolas a déclaré à la barre qu’il ne voulait pas prendre le « risque de laisser condamner un innocent ». « Je ne vivrai pas jusqu’à la fin de ma vie avec cela sur la conscience » a-t-il dit encore ajoutant que l´ex sous-préfet de Corte, Jacques Naudin, détenait lui aussi depuis 2001 des informations sur Petrusella et qu’« il souhaiterait être entendu »… « Je suis stupéfait » a déclaré l’avocat de Mme Erignac, tandis que les avocats généraux ont estimé que cette information n’avait pas d’importance pour le procès…(sic)
La défense d’Yvan Colonna donnait une conférence de presse samedi 14 février pour dénoncer le « scandale d’Etat » qu’a révélé la déposition de Didier Vinolas. Elle a annoncé qu’elle déposait plainte contre X pour « entrave à la manifestation de la vérité » car en agissant de la sorte, les « magistrats ont mis sous le coude des éléments à décharge pour Yvan Colonna ». Les avocats ont demandé un complément d’enquête et réclamé dans l’attente la libération de leur client. Mais c’est tout le système qui est impliqué dans cette machination d’ampleur. Au point que le gouvernement s’est obligé à réagir pour se couvrir. Pour son porte-parole Luc Chatel, « c’est à la justice de faire toute la lumière, de savoir pourquoi, si cette personne avait bien communiqué ces noms à la date qu’elle a évoquée, ça n’a pas été versé au dossier »
Le procès vire au « scandale d’Etat ». De deux choses l’une, ou bien les langues se délient enfin et, pour ne pas plonger, toutes les personnes qui de près ou de loin sont impliquées dans ce scandale, se mettent à parler, ou bien les pressions redoublent pour empêcher que le scandale n’aille plus loin. On a appris en effet, par le site journalistique Mediapart, que Sarkozy aurait pu être au courant de ces récélations... Chaque jour, cette affaire révèle à quel point la machination judiciaire s’est orchestrée à différents niveaux et le machiavélisme que révèlent ces informations font froid dans le dos. Les membres du commando ont-ils voulu protéger des complices, se réfugiant dans les suggestions des enquêteurs qui leur ont fourni le nom de Colonna dès les premières heures des gardes à vue ? Ont il subi des pressions ? Rappelons nous l’arme d’un policier posé sur la tempe de l’enfant de 3 ans de Valérie Dupuis, compagne de Didier Maranelli. Rappelons-nous les menaces des policiers sur les épouses du commando de leur retirer la garde de leurs enfants pour les confier à la Dass. Rappelons-nous les comptes bancaires bloqués à la veille du procès en première instance pour l’épouse de Pierre Alessandri. Rappelons-nous les atteintes physiques portées contre Marcel Istria ou Pierre Alessandri lors de leurs garde à vue. Rappelons-nous l’empreinte délaissée, retrouvée sur les lieux de l’attentat de Petrusella. Il a fallu la demande de la défense lors du premier procès, pour qu’on procède à des analyses et que l’on se rende compte que cette empreinte n’appartenait ni à Yvan Colonna, bien évidemment, ni à l’un des autres membres du commando condamnés. Rappelons nous le véhicule suspect 205 GTI blanche sur les lieux de l’assassinat démarrant en trombe, et qui n’a pourtant pas suscité l’intérêt des enquêteurs… Rappelons-nous comment la « piste » du portrait-robot dressé par les deux témoins oculaires de l’assassinat a été abandonnée. Rappelons-nous la disparition du dossier d’instruction de pièces à convictions susceptibles d’innocenter Yvan Colonna (écoutes téléphoniques). Rappelons-nous à quel point tous les éléments et les témoignages innocentant Yvan Colonna ont été rejetés, dénigrés par l’instruction et par les juges. Rappelons-nous de quelle façon le nom de Colonna est suggéré par des policiers lors de la garde à vue des membres du commando. Rappelons-nous avec quelle obstination et malgré les demandes réitérées d’Yvan Colonna et de ses avocats, les juges refusent la confrontation entre lui-même et les membres du commando, entre lui-même et les témoins oculaires de l’assassinat. Rappelons-nous avec quelle obstination la reconstitution des faits a toujours été refusée…etc, etc. Quant aux informations de Didier Vinolas, « le fait de ne pas avoir communiqué de telles informations à la défense est un délit puni par une lourde peine, ont déclaré les avocats d’Yvan Colonna. De façon délibérée, organisée, réfléchie, de hauts magistrats et de grands policiers antiterroristes ont décidé de taire, parfois de détruire des éléments à décharge pouvant conduire à démontrer l´innocence d´Yvan Colonna. Sans crainte d´être démentis, nous l´affirmons solennellement. Le témoignage de Didier Vinolas est d´une gravité extrême, d´autant qu´il était l´ami et le collaborateur direct de Claude Erignac. Tout cela révèle que, dès 1999, une vérité d´Etat a été décrétée et que plus personne n´a voulu s´en écarter. »

