Abertzaleen Batasuna (AB) est un parti politique dont la création remonte à 1988 et qui est essentiellement présent au Pays Basque nord.
AB est à la base une coalition électorale destinée à affronter les échéances législatives de 1988. À l’époque, le mouvement « abertzale » (terme abusivement traduit par « nationaliste », correspondant en réalité à une tendance militant pour le respect des droits individuels et collectifs du peuple basque) est divisé en plusieurs mouvements. De la coalition germe la volonté de structurer un véritable parti de rassemblement, qui devient Abertzaleen Batasuna en 1995.
Un parti Abertzale…
Dès sa création officielle, l’identité d’AB se fonde sur un certain nombre de principes. Tout d’abord la conception d’un peuple basque existant sur les deux versants des Pyrénées, à cheval sur deux États. Cette conception n’est pas anecdotique puisqu’elle va à l’encontre de la Loi, au moins dans l’État français dont la Constitution ne reconnaît pas l’existence du peuple basque. Il s’agit donc là d’un premier point d’achoppement dans le problème politique tel qu’AB le formule. Dans le droit fil de ce même principe, AB affirme le droit de ce peuple à disposer de lui-même, sur le modèle de ce que les États français et espagnol eux-mêmes reconnurent dans le cas des peuples baltes ou d’ex-Tchécoslovaquie, voire en Nouvelle-Calédonie dans un cas plus spécifiquement français. Là réside un second point d’achoppement, avec la Constitution française (cela va sans dire) mais également avec la Constitution espagnole qui reconnaît l’existence de peuples divers sur son territoire mais pas leur droit à s’autodéterminer. Enfin, intrinsèquement liée à cette conception « nationale » du Pays Basque, AB alimente la vision d’une Europe fédérale qui ne serait pas fondée sur les actuels Etats-nation mais sur le droit des peuples.
En lien avec ces premiers principes, AB milite pour les droits linguistiques de ce peuple basque. Si la langue basque (euskara) dispose d’un statut de co-officialité au sein de la Communauté Autonome d’Euskadi, elle ne possède aucun statut au Pays Basque nord et y décline peu à peu vers l’extinction. AB réclame donc la modification de l’article 2 de la Constitution française, permettant qu’un statut d’égalité puisse être établi entre l’euskara et le français au Pays Basque.
Tout en ayant une conception « nationale » du Pays Basque, de sorte qu’il communique et agit des deux côtés de la frontière franco-espagnole, AB est un parti ayant décidé d’agir essentiellement au Pays Basque nord. Il en découle une volonté de s’adapter aux réalités socio-politiques de ce territoire de 260.000 habitant(e)s où le poids électoral de l’abertzalisme ne dépasse guère les 15%. Tout en maintenant un discours favorable au respect du droit du peuple basque à disposer de lui-même dans le cadre d’une Europe fédérale, AB a donc fait le choix « local » de la revendication d’un département Pays Basque. À cette revendication se sont jointes, au sein d’une plate-forme large baptisée Batera, celles de la co-officialisation de l’euskara, ainsi que la création d’une chambre d’agriculture et d’une université de plein exercice pour le Pays Basque.
Un parti de gauche…
Ces principes sont le fondement du message d’AB dans son volet « identitaire ». Mais AB a une deuxième nature tout aussi importante, celle d’un mouvement de gauche. Un projet politique a été voté en 2000, établissant les principaux principes à défendre sur 15 dossiers de la vie quotidienne, de l’aménagement du territoire à l’action sociale, en passant par l’environnement ou le logement. Des partenariats réguliers se sont aussi mis en place sur des domaines tels que la gestion des déchets avec les Verts, ou dans le cadre de mobilisations unitaires dans le domaine social. AB alimente enfin un message et une action de type alter-mondialiste au niveau local.
Mais c’est la problématique du logement qui est devenue l’un des principaux axes de campagne d’AB. Nous agissons à trois niveaux différents : le premier, un travail de dossier et de propositions avec lequel nous avons notamment mené un travail de lobbying nous ayant mené à la rencontre de tous les maires de la Côte basque, les parlementaires locaux, les préfet et sous-préfet, le président du Conseil général et enfin le ministre Borloo. Le second niveau est celui de la mise en place d’outils ou d’initiatives en vue de mutualiser les moyens humains en vue d’agir sur le problème du logement ; c’est ainsi qu’en 2002 AB a organisé des assises du logement au sein desquelles plus de 120 acteurs professionnels, administratifs ou élus se sont rencontrés durant une journée pour débattre du problème. Ou encore en 2005 le lancement d’un réseau logement du même type, par exemple, que « Sortir du nucléaire ». Enfin le troisième niveau est celui de la médiatisation du problème sur le mode spectaculaire et non-violent (actions d’agit-prop notamment).
Le choix d’un processus démocratique et non armé
À ce sujet, l’action d’AB au quotidien mérite une précision d’importance. Tant au niveau local qu’au niveau du Pays Basque dans son ensemble, AB s’est positionné en faveur d’un mode d’action non-armé. Il s’agit d’un élément important à l’aune de la vision que les medias internationaux donnent du mouvement abertzale, le présentant comme un îlot de terrorisme dans un océan de démocratie.
Si le mot « terrorisme » est en soi sujet à débat, AB a clairement et publiquement affirmé le fait que l’avenir du Pays Basque et la résolution du conflit qui y perdure ne pourront être garanties que par la cessation de toute expression violente, d’où qu’elle vienne. Cela sous-entend tout autant la fin de la politique quasi exclusivement répressive de la part de l’État espagnol, que la cessation de la pratique de la lutte armée par l’ETA. Cette position a été d’autant plus tranchée qu’elle a fait partie des problèmes entraînant la scission du mouvement abertzale du nord en 2001, une tendance quittant AB pour créer le parti Batasuna.
Un parti de référence au Pays Basque…
Concernant ses résultats électoraux, AB reçoit le soutien d’une centaine de conseillers municipaux, d’une dizaine de maires et d’un conseiller général (Jean-Michel Galant, canton de Saint-Etienne de Baigorry), tous à jour de cotisation.
Mais au-delà du poids politique en progression d’AB, qui a notamment contribué à faire de la coalition « Euskal herria Bai » la quatrième force électorale du Pays Basque lors des dernières élections législatives, AB est un mouvement qui se donne la responsabilité d’agir à tous les niveaux, comme contre-pouvoir au sein de la société civile mais aussi au sein des espaces de décision que sont les organes municipaux et intercommunaux.

