Nos ancêtres les Gaulois ?


« Donner à tous les Français (et à tous les enfants qui s’instruisent dans nos écoles) le droit d’avoir un passé, d’inscrire leur mémoire familiale dans la durée, oblige à repenser l’histoire transmise par l’école ».Suzanne Citron ,« Le mythe national » (1991)


« Autrefois notre pays s’appelait la Gaule et ses habitants les Gaulois. Nos ancêtres les Gaulois étaient grands, blonds et moustachus ! Ils vivaient dans des huttes de bois, rondes et couvertes de chaume, entourées de palissades au milieu de forêts chevelues… ».

Voilà en quelques phrases ce que certains instituteurs racontent aujourd’hui encore en ce mois de septembre 1999… dernière rentrée scolaire du millénaire !

Dans son ouvrage sur « les Gaulois du Midi », l’archéologue Michel Py rapporte l’histoire de cet écolier de Nages (village du Gard célèbre pour son oppidum protohistorique), qui, très étonné de la description qu’on lui fait des « Gaulois », dit à sa maîtresse (originaire d’Amiens !) : « Mais madame, pourquoi sur l’oppidum les maisons sont carrées et construites en pierre? »…

Et Michel Py d’ajouter : « Pourquoi des rues droites, des quartiers alignés, des remparts monumentaux, avec des tours rondes comme les châteaux du Moyen-Age ? »…

Alors oui, pourquoi les manuels scolaires hérités de Lavisse, de Michelet… et de Chevènement confondent-ils encore la France hexagonale de l’an 2000 avec la Gaule ou plutôt « les » Gaules d’avant J-C (Jules César et Jésus-Christ !) ?

Quel rapport entre les Gaulois d’Astérix et les Celtes des auteurs grecs ? L’Obélix du 1er siècle pouvait-il tailler des menhirs qui avaient disparu du décor familier depuis des millénaires ? La Gaule « une, indivisible et éternelle » qu’on nous a inculquée à l’école est-elle compatible avec l’Aquitaine, la Celtique et la Belgique décrites par César ? Que faisaient les Toulousains et les gens de la Narbonnaise pendant que l’Auvergnat Vercingétorix soulevait la Celtique contre Rome ?…

Autant de questions auxquelles nous essaierons de répondre dans notre rubrique d’ «Arquéo d’Oc » jusqu’en décembre. Nous terminerons ainsi par les Gaulois ou Celtes l’histoire de tous ces peuples protohistoriques des âges du bronze et du fer qui ont vécu dans nos pays et qui nous ont fait ce que nous sommes : Aquitains, Ibères, Ligures, Grecs, Etrusques…

Nous distinguerons une fois encore le mythe et la réalité. Nous verrons quel était ce peuple celte nommé gaulois par les Romains, au-delà de toutes les images d’Epinal véhiculées jusque dans les discours de nos ministres républicains !

Chapitre 1 : Une réalité romaine purement géographique

« Gallia est omnis divisa in partes tres… » ! Ainsi débutent les notes écrites par Jules César sur la « Guerre des Gaules ». Et il poursuit : « une partie des Gaules est habitée par les Belges, l’autre par les Aquitains, la troisième par le peuple qui, dans sa langue, se nomme Celte, et, dans la nôtre, Gaulois. Tous ces peuples diffèrent entre eux par le langage, les coutumes, les lois. Les Gaulois sont séparés des Aquitains par la Garonne, des Belges par la Marne et la Seine ».

Ainsi nous voyons dès à présent que la Gaule ce n’est pas la France du XXème siècle et que les Gaulois ne sont pas les seuls ancêtres des Français d’aujourd’hui. Il faut dire que pour les Romains du 1er siècle avant J-C., la Gaule est un concept géographique qui recouvre une grande partie de l’Europe occidentale en particulier les Etats actuels de Hollande, Belgique et Luxembourg, la France, l’Allemagne rhénane, la Suisse, le nord de l’Italie ?

Contrairement à ce qu’on peut lire encore aujourd’hui dans une certaine littérature, César ne dit pas que les Gaulois sont divisés, mais que la Gaule est divisée en trois parties. En réalité, comme nous l’avons vu dans nos articles sur les peuples de la protohistoire, la Gaule, pure invention des Romains, est composée de nombreux peuples différents (comme d’ailleurs l’Europe d’aujourd’hui).

Quand les Romains conquièrent vers 122 avant J-C. l’espace géographique des Alpes à la Garonne qu’ils appelleront la Narbonnaise, toute la côte méditerranéenne est parsemée de comptoirs grecs (Nice, Marseille, Agde, Ampurias…). L’arrière-pays est peuplé de Ligures et d’Ibères auxquels s’ajoutent des Volques, population d’origine celtique.

Sait-on qu’à cette époque on ne parle pas la même langue et qu’on n’utilise pas la même écriture d’un côté et de l’autre de l’Hérault ? L’Ouest est peuplé d’Ibères (pensons à l’oppidum d’Ensérune près de Béziers) et l’Est de Ligures.

Dans l’actuelle Provence, des confédérations rassemblent de nombreuses cités, en particulier la confédération cavare dans le Vaucluse et celle des Salyens dans le pays d’Aix. Ces peuplades sont enracinées dans ces contrées depuis fort longtemps et c’est elles que les Romains combattront lors de la conquête du pays. Ces zones de peuplement connaissent des systèmes politiques et sociaux parfois opposés et des zones d’échanges commerciaux différentes.

Avec cela, il ne faut pas oublier les peuples méditerranéens qui commercent avec les peuples de l’intérieur : Puniques, Grecs, Etrusques et Italiens. La même constatation peut être faite au siècle suivant avec la conquête du reste des Gaules par César.

I - Gallia ou celtica ?

Le mot « Gallia » désigne pour les Romains dans un premier temps les tribus du IVe siècle avant J-C. cantonnées dans le nord de l’Italie et qui ont menacé Rome : rappelons-nous l’épisode des oies du Capitole !
Plus tard, ils distingueront la « Gaule cisalpine » italienne, de la « Gaule transalpine » des Alpes à la Manche. César lui-même finit par inventer la frontière du Rhin entre sa Gaule et sa Germanie.

D’où une certaine ambiguïté soulignée par Suzanne Citron dans « Le Mythe National ». Nous avons d’un côté une « Gallia », espace géographique habité par des populations qui ne sont pas toutes celtes (puisque nous reconnaissons des Aquitains, des Grecs, des Ibères, des Ligures, des Belges… et des Celtes entre Garonne et Loire seulement) ; et d’un autre côté, nous avons une civilisation celtique qui s’étend des îles britanniques au Danube.

Ainsi « l’image d’une nation gauloise, préfiguration de la nation française dans son espace hexagonal, est une illusion (tout autant que celle d’une nation des Germains) ».

Durant les siècles de l’empire romain, les Gaules sont divisées en régions administratives plusieurs fois réorganisées ! Au IVe siècle, l’empereur Dioclétien partage l’empire occidental en quatre entités ou diocèses : Britania, diocèse des Gaules, diocèse des sept provinces et Hispania.

Sur la nouvelle carte de l’empire, il est intéressant de noter que, de l’embouchure du Rhin aux Pyrénées, deux grands ensembles sont constitués, séparés par la Loire et le coude du Rhône. Ils correspondent en gros aux futures zones des langues d’Oc et d’Oil, héritières, de part et d’autre de la Loire, de langues et de peuplements différents à la Protohistoire.

Cette organisation des Gaules survivra dans l’église du « Haut Moyen-Age » et avec les Carolingiens. Elle se concrétisera dans les différences entre les civilisations francienne et occitanienne du « Bas Moyen-Age »… et même jusqu’à nos jours entre le nord et le sud de l’hexagone !

Les Celtes vus par un contemporain, Diodore de Sicile, historien grec du 1er siècle avant J-C :

« Ces hommes sont d’un aspect effrayant : leur voix a un son grave et des intonations tout à fait rudes ; dans la conversation, leur parole est brève, énigmatique, procédant par allusions et sous-entendus, souvent hyperboliques, quand il s’agit de se grandir eux-mêmes et d’amoindrir les autres. Ils ont le ton menaçant, hautain, tragique, et, pourtant, l’esprit pénétrant et non sans aptitude pour les sciences {…}.

Les nobles se maintiennent les joues nues, mais portent les moustaches longues et pendantes au point qu’elles leur couvrent la bouche. Aussi se mêlent-elles, quand ils mangent, à leurs aliments, et quand ils boivent, la boisson y passe comme à travers un filtre.

Pendant leurs repas, ils sont tous assis, non sur des chaises, mais à terre, et à cet effet ils ont, en guise de tapis, des peaux de loups ou de chiens. Ils sont servis par de jeunes enfants, garçons et filles. Tout auprès sont établis des foyers où le feu abonde et qui sont garnis de chaudières et de broches chargées de viande en énormes quartiers. Les braves reçoivent – c’est le privilège – les plus beaux morceaux de viandes {…}.

Dans les voyages et dans les batailles, ils se servent de chars à deux chevaux portant le conducteur et à côté un combattant debout. Dans leurs guerres, ils marchent contre les cavaliers, lancent à leurs adversaires le javelot et descendent ensuite pour continuer le combat avec l’épée. Quelques-uns méprisent la mort au point d’entrer dans la lutte nus, avec un simple caleçon {…}.

Aux ennemis tombés ils enlèvent la tête, qu’ils attachent au cou de leurs chevaux ; puis remettant à leurs serviteurs les dépouilles ensanglantées, ils emportent ces trophées, en entonnant le péan et en chantant un hymne de victoire, et ils clouent à leurs maisons ces prémices du butin, comme s’ils avaient, en quelques chasses, abattu de fiers animaux ».

«Aucun parmi ces peuples ne s’est, du reste, imposé aux autres […]. Rien non plus, à l’intérieur de ces peuples, ne rappelle l’Etat centralisé. » Régine Pernoud , « Les Gaulois » - 1972

Ce n’est qu’au Ve siècle avant notre ère que les Celtes font leur apparition dans l’Histoire, d’après les témoignages d’auteurs grecs, puis plus tard des Romains.

C’est l’époque où dans les futures régions occitanes comme en bordure de la Méditerranée se développent de brillantes civilisations dont nous avons déjà parlé : Ibères, Ligures, Aquitains, Grecs, Etrusques, Phéniciens, Italiens…

Mais l’archéologie retrouve la trace de la civilisation celtique dans plusieurs régions d’Europe entre 900 et 700 avant J.C, à la fin de l’âge du bronze.

Emerge alors une ère nouvelle que les Protohistoriens appellent l’âge du Fer. Et à ce sujet, l’on a souvent confondu à tort la civilisation de cet âge du Fer avec la civilisation celtique, ce qui peut être vrai seulement pour l’Europe du Nord-Ouest.

Par contre, autour de la Méditerranée et dans nos régions méridionales, des types culturels différents ont été constatés par l’archéologie : on ne peut pas dire que l’utilisation du fer, connue chez les Hittites 2 000 ans av. J-C, ait été introduite chez nous par les Celtes.

Pour simplifier, nous distinguerons deux grandes époques dans le développement des civilisations celtiques : un premier âge (du VIIIe siècle au Ve siècle avant J-C) appelé Hallstatt (nom d’un site éponyme d’Autriche près de Salzburg) et un second âge (du Ve s. au Ier s. avant J-C) nommé La Tène (nom d’un site suisse).

II- Une civilisation de la terre

On a souvent dit que les Celtes sont des Indo-Européens. Faut-il pour autant parler de race celtique ? Certainement pas. Un Polonais blond aux yeux bleus et un Languedocien brun aux yeux noirs sont tous deux des Indo-Européens… et pourtant quelle ressemblance physique ? Un Auvergnat et un Irlandais sont tous deux Celtes…et pourtant quels liens morphologiques peut-on distinguer entre eux ?

De même il n’a jamais existé d’empire celte ou d’Etat gaulois. On peut tout au plus parler de communauté celtique européenne composée d’une multitude de peuples de l’Irlande au Danube, réunis par une manière de pensée commune, avec des langues, une religion et un comportement socio-culturel semblables.

A l’origine, cette civilisation occupe l’Europe centrale. Les Celtes sont des gens de la terre dont l’économie est basée sur l’élevage, l’agriculture et la métallurgie. La domestication exemplaire du cheval fera leur réputation jusque sur les champs de bataille.

Les fouilles archéologiques, notamment dans les tombes de chefs et de guerriers, ont révélé de nombreux objets, bijoux, armes qui attestent d’un degré de technicité élevé et d’une maîtrise remarquable du travail des métaux. Une classe artisanale de forgerons et d’orfèvres s’affirme alors dans la société celte. Elle sera sans doute à l’origine de la prospérité de cette communauté rurale qui va utiliser de plus en plus un outillage agricole en métal, comme les charrues avec des socs en fer.

La migration des Celtes va s’accélérer au cours de la 2ème époque de l’âge du Fer (La Tène) vers la Baltique et la mer du nord, vers la Manche et l’Atlantique jusqu’en Irlande via la Grande-Bretagne au nord-ouest, et jusqu’en Galice au-delà des Pyrénées, mais aussi jusqu’en Italie dans la plaine du Pô.

Ces peuples vont coloniser et occuper la moitié de l’Europe. Mais ils ne constitueront pas un empire comme le feront les Romains plus tard. Au contraire, nous assistons à l’émergence d’un grand nombre de principautés qui donneront leur nom à des villes, à des régions et à leurs habitants : ainsi va pour l’Auvergne pays des Arvernes, pour Cahors (et les Cadurciens) ville des Cadurques, pour Rodez (et les Ruthénois) capitale des Ruthènes, pour Limoges (et les Limousins) pays des Lemovices…

III- Vivre en autarcie

On connaît peu de choses sur la vie de ces Celtes ou Gaulois avant Jules César, si ce n’est qu’ils aiment l’alcool, qu’ils sont indisciplinés, qu’ils croient en un « autre monde » et qu’ils n’ont pas peur de la mort, qu’ils pratiquent une religion druidique empreinte de spiritualité, de science et de magie… mais aussi l’homosexualité, chez les militaires en particulier (dixit Jules César !)

On sait aussi qu’ils vivent en autarcie à la campagne au bord d’une rivière ou près d’un lac, dans des maisons de pierre ou de bois. Dans le sud de nos pays par contre une certaine urbanisation voit le jour due aux peuples qui cohabitent à cette époque, en particulier en Provence et en Languedoc, avec les Ligures et les Ibères.

Ils élèvent des bovins, chassent le sanglier et fabriquent des fromages réputés. Ils mangent des viandes bouillies, salées et fumées, du poisson, des fruits et des légumes (fèves, lentilles et pois chiches, carottes, radis, panais, mâche). Ils cultivent le lin, le chanvre, le colza, l’ail, la moutarde. L’on sait que les Cadurques (dans le Quercy) filent le lin et que les Ruthènes (dans le Rouergue) travaillent l’argent.

Leur boisson est une sorte de bière à base d’orge (la cervoise) et l’hydromel, mais bientôt ils apprécieront le vin importé d’Italie dont ils useront avec démesure : c’est du moins ce qu’en disent les auteurs latins !

IV- Mythe et réalité

On ne peut parler de ces Celtes ou Gaulois sans évoquer l’histoire (ou la légende !) d’Ambigatus, roi mythique et unificateur des Bituriges, que l’on doit à l’historien romain Tite-Live, lui même d’origine gauloise d’Italie.

Comme les pays gaulois sont surpeuplés, Ambigatus, très âgé, demande à ses neveux, Ségovèse et Bellovèse de prendre la tête de deux grandes migrations. Le premier se dirige vers l’Europe centrale et le second vers l’Italie.

C’est en 387 avant J-C que le légendaire Brennus bat l’armée romaine sur les bords de l’Allia avant de conquérir Rome, à l’exception du Capitole sauvé par des oies (l’Histoire ne dit pas si celles-ci ont été gavées avant l’assaut des Gaulois !).

Malgré leur victoire, les Gaulois quittent Rome après avoir reçu une forte rançon et les Romains n’oublieront jamais cette aventure qui aurait pu leur coûter la destruction totale de leur civilisation naissante. Plus de trois siècles après, César vengera Rome en asservissant les peuples celtes.

Mais en attendant, nous retrouvons un autre Brennus vers 280 avant J-C (soit un siècle après l’aventure du Capitole !) dans les Balkans où il aurait pillé le sanctuaire de Delphes au centre du Monde grec. L’Histoire ne dit pas, là non plus, ce qu’est devenu le bouclier de ce second Brennus !

Quoiqu’il en soit, une partie de cette armée celtique vaincue se réfugie en Asie Mineure où elle fonde le royaume des Galates. Ce peuple « gaulois » retiendra bien plus tard toute l’attention de l’apôtre Paul dont on connaît les épîtres aux Galates.

Parallèlement, une certaine surpopulation du nord-ouest de l’Europe provoque une migration des Gallo-Belges vers les îles britanniques et l’Irlande dont la colonisation celtique sera consolidée et où de nombreux royaumes bretons indépendants seront fondés.

V- Grandeur et décadence


Au début du 2ème siècle avant J-C, la civilisation celtique est au zénith. Or les Germains, eux-aussi indo-européens comme les Celtes s’aventurent vers l’Ouest à la recherche de terres plus prospères. Les Romains, qui deviennent en Méditerranée une puissance incontournable, redoutent l’hégémonie celte sur le continent et finissent par annexer la Gaule cisalpine (le nord de l’Italie) vers le milieu du 2ème siècle avant J-C.

Pour se frayer un passage sûr, le long des côtes méditerranéennes en direction de l’Ibérie, ils s’attaquent à la Provence celto-ligure et au Languedoc ibère. En 122, la capitale des Salyens, Entremont, est anéantie près d’Aix-en-Provence. Les Romains poursuivent leur conquête jusqu’au lac Léman d’un côté et jusqu’à la Garonne d’un autre.

En 117 avant J-C, Marius arrête l’invasion germanique des Cimbres et des Teutons, ce qui n’est pas pour déplaire aux Celtes.

Mais au siècle suivant, voici Caius Julius Caesar, l’ambitieux proconsul de la « Provincia Romana » dont Narbonne est la capitale. Nul doute que pour s’emparer du pouvoir à Rome, il doit faire ses preuves hors de l’Italie. La première occasion lui en sera fournie en particulier par les Helvètes (Celtes de Suisse). Ceux-ci ont l’intention d’émigrer vers l’océan, pour fuir les invasions germaniques.

Les peuples qui se trouvent sur le passage des Helvètes, comme les Séquanes, demandent l’intervention de César qui arrêtera les Helvètes : très peu d’entre eux réussiront à passer ; les Vivisci de Vevey que l’on retrouve près de Bordeaux sont de ceux-là.

Trop heureux de rendre service (!) César inaugure ainsi l’invasion des pays celtes qu’il va soumettre à la république romaine, malgré des révoltes spontanées comme celle des Vénètes de Vannes en 56 avant J-C, dont la marine à voile (immobilisée par l’absence de vent !) est anéantie par la marine à rames des Romains. Ainsi sombre dans l’océan l’espoir de libération des peuples celtes.

VI- Campagne de l’Aquitaine

Pendant ce temps, Crassus, lieutenant de César, tente de s’emparer du territoire compris entre la Garonne et les Pyrénées, peuplé non pas de Celtes mais des Aquitains protohistoriques qui apporteront leur nom au bassin Adour-Garonne.

Ces ancêtres des Basques et des Gascons donneront du fil à retordre aux légions romaines. César lui-même rappelle dans ses « commentaires » que Crassus doit prendre mille précautions avant de s’attaquer à ce peuple opiniâtre et imprévisible (l’E.T.A. ne démentira pas !), car, dit-il, « dans ces contrées, peu d’années auparavant, le légat Valerius Preconinus a été vaincu et tué »; de même Manlius proconsul de Gaule transalpine qui venait d’être battu par Sertorius en Espagne et qui était obligé de passer par l’Aquitaine pour regagner la Provincia, fut assailli par les Aquitains qui l’obligèrent à « s’enfuir en abandonnant ses bagages » !

Il nous paraît intéressant de livrer ici de larges extraits du récit, par César lui-même, de cette conquête de l’Aquitaine, tout en sachant qu’il s’agit du point de vue du vainqueur !

« Crassus fit donc ses provisions de blé, rassembla des auxiliaires et de la cavalerie, convoqua en outre individuellement, de Toulouse et de Narbonne, cités voisines de l’Aquitaine, un grand nombre de soldats éprouvés ; puis il pénétra sur le territoire des Sotiates. A la nouvelle de son approche, ceux-ci rassemblèrent des troupes nombreuses et de la cavalerie, qui était leur principale force et attaquèrent notre armée pendant sa marche. […]

Le combat fut long et acharné : les Sotiates, forts de leurs précédentes victoires, pensaient que le salut de toute l’Aquitaine dépendait de leur valeur ; les nôtres voulaient montrer ce qu’ils pouvaient faire en l’absence du général en chef, sans les autres légions et sous le commandement d’un tout jeune homme.

Enfin les ennemis, couverts de blessures, prirent la fuite. Crassus en fit un grand massacre, et, sans désemparer, essaya d’enlever la citadelle des Sotiates (il s’agit de Sos dans le Lot-et-Garonne).

Devant leur vigoureuse résistance, il fit avancer mantelets et tours. Eux, tantôt faisaient des sorties, tantôt creusaient des mines vers le terrassement et les mantelets : c’est une pratique où les Aquitains sont tout particulièrement habiles, car il y a chez eux, en maint endroit, des mines de cuivre et des carrières.

Mais ayant compris que la vigilance de nos soldats les empêchait d’obtenir aucun résultat par ces moyens, ils envoient des députés à Crassus et demandent qu’il accepte leur soumission […].

Ayant reçu armes et otages, Crassus partit pour le pays des Vocates (Pays de Bazas) et des Tarusates (autour de Tartas). Alors les Barbares, vivement émus d’apprendre qu’une place fortifiée par la nature et par l’art était tombée dans les quelques jours qui avaient suivi notre arrivée, envoient de toutes parts des députés, échangent des serments, des otages et mobilisent leurs forces. On envoie aussi des ambassadeurs aux peuples qui appartiennent à l’Espagne citérieure, voisine de l’Aquitaine : on en obtient des troupes de secours et des chefs. » […]

Devant le nombre de leurs ennemis qui ne cessait de croître, Crassus et les Romains décidèrent de déclencher la bataille dès le lendemain matin. Les Aquitains avaient construit un camp copié sur le modèle romain. C’est donc la seule fois où l’on vit une armée romaine durant les guerres des Gaules partir à l’assaut d’un camp fortifié !

« Là, dit César, tandis que les uns comblaient les fossés, les autres lançant sur les défenseurs une grêle de traits, les forçaient à abandonner le parapet et les retranchements ; et les auxiliaires, en qui Crassus n’avait guère confiance comme combattants, passaient des pierres et des traits, apportaient des mottes de gazon pour élever une terrasse […] ; l’ennemi, de son côté, opposait une résistance tenace et coléreuse, et ses traits, lancés de haut, ne manquaient pas d’efficacité. […] »

Profitant d’une faiblesse des fortifications sur un point qu’on lui avait signalé, Crassus fit contourner discrètement le camp des Aquitains où il pénétra par surprise. Ceux-ci tentèrent alors de fuir.

« Nos cavaliers les poursuivirent en rase campagne, et sur les cinquante mille Aquitains et Cantabres qui formaient cette armée, un quart à peine échappa à leurs coups. […]

A la nouvelle de ce combat, la plus grande partie de l’Aquitaine se soumit à Crassus et envoya spontanément des otages : parmi ces peuples étaient les Tarbelles, les Bigerrions, les Ptianii, les Vocates, les Tarusates, les Elusates, les Gates, les Ausques, les Garunni, les Sibuzates, les Cocosates ; seuls quelques-uns qui étaient placés aux confins, se fiant à la saison avancée, car on était aux approches de l’hiver, ne suivirent pas cet exemple ».

On retrouve parfois le nom de ces peuples parmi les noms de villes de l’Aquitaine. Si l’on additionne ces peuples cités par César avec ceux mentionnés par Pline, l’on arrive à trente et un peuples qui se partageaient les départements de l’actuelle Aquitaine.

On peut souligner ici la dernière remarque de César qui concerne les peuples proches des Pyrénées : n’est-ce pas ceux-là qui ont conservé leur langue et leurs traditions ancestrales de l’Aquitaine et qui forment aujourd’hui le peuple basque, tandis que les autres, en se soumettant par force à l’occupant romain, ont constitué les communautés gasconne, béarnaise et bigourdane ?

Chapitre 2 : L'expansion romaine

Après la conquête romaine des terres s’étendant des Alpes à la Garonne au 2ème siècle avant J-C et la constitution de la province de Narbonnaise, après la campagne d’Aquitaine menée par Crassus en 56 avant J-C et la défaite des Aquitains à Sos, après la destruction de la flotte des Vénètes la même année, après les expéditions romaines en Germanie, en Belgique et en Bretagne (actuelle Angleterre) de 55 à 53 avant J-C, tout semble sourire aux Romains dans leur marche vers la conquête de l’Ouest européen.

Et pourtant, César qui vient d’avoir du fil à retordre avec les Belges, va se trouver brusquement face à une insurrection générale de la Celtique provoquée par l’aristocratie foncière celte et le clan religieux des druides, insurrection dirigée par l’Auvergnat Vercingétorix. Finies les longues soirées de « bourrées à 3 temps » arrosées de cervoise ou de vin d’Italie ! Pour les uns comme pour les autres la situation est sérieuse.

I- Un débouché économique vital


Pour Rome dont l’empire colonial s’étend à une allure grand V en ce dernier siècle avant J-C, le débouché économique vers les pays celtes du nord est devenu vital. Toute entrave est à démolir.

Les Arvernes ne dominent plus les rapports avec les autres peuples celtes. Depuis que Rome a constitué la Narbonnaise une bourgeoisie d’affaires développe dans les pays celtes un commerce interrégional avec les Romains. Ces artisans et ces commerçants peuplent les oppida, villes de hauteur de plus en plus développées et ils se heurtent à l’aristocratie foncière anti-romaine qui tient encore le pouvoir politique dans les cités rurales, les pagi.

De leur côté, comme ils l’ont fait dans les pays de la Méditerranée orientale (avec le Royaume de Pergame, par exemple), les Romains mettront la main économiquement et politiquement sur tous les peuples de la Méditerranée occidentale : sur le monde celte bien sûr, mais aussi sur le monde grec qui s’écroulera définitivement avec la chute et la ruine économique de Marseille en 44 avant J-C, Marseille qui paiera très cher sa prise de position pour Pompée contre césar dans la guerre civile, Marseille-la-Phocéenne dont on vient de fêter les vingt-six siècles d’existence !

Dans ce contexte, voici Vercingétorix, dernier prince d’une dynastie déchue, héritier d’un empire arverne en perte de vitesse, ultime rempart d’une aristocratie en déclin dans une société en pleine mutation sociale ! … Autrement dit, un homme du passé, comme le qualifient des historiens.

Vers 150 avant J-C, les Arvernes constituent un vaste empire qui domine d’autres peuples celtes ; ces derniers sont subdivisés en « pagi » (l’équivalent de nos actuels arrondissements).

Ainsi César nous explique que les Gaules sont constituées de peuples clients où les aristocrates entretiennent des relations individuelles et des intérêts économiques. Aucun souci d’Etat centralisé et organisé, ce qui n’est pas incompatible avec l’unité culturelle du monde celtique des îles britanniques aux Balkans.

Rome se heurte dès le début aux Arvernes. En 121 avant J-C, Fabius Maximus (à ne pas confondre avec Fabius Laurentius actuel président du Bourbonus Palatum !) capture leur roi Bituit et défait la royauté auvergnate.

Plus tard, le père de Vercingétorix tente de restaurer la royauté à son profit vers 80 avant J-C, mais il est mis à mort par son peuple.

Depuis la création de la Narbonnaise, Rome a mis en place tout un système de relations commerciales avec les différents peuples celtes, ce qui a contribué à ramollir leur esprit de défense culturelle : contrôle des routes de la vallée du Rhône, déversement sur la Celtique de produits nouveaux comme la céramique campanienne et la sigillée, des amphores à huile et à vin.

Le système monétaire romain se généralise. Les oppida, véritables centres commerciaux, se multiplient près des grandes voies de communication : c’est là que les artisans et les commerçants indigènes vont exercer leurs échanges avec les Romains et s’enrichir au détriment de l’ancienne aristocratie dominante qui s’agite.

Pour Rome il s’agit donc d’abattre cette aristocratie celte qui constitue le cadre politique des cités et qui est un frein à l’expansion romaine dans le nord de l’Europe.

Vercingétorix, l’aristocrate arverne prétendant au trône d’un éventuel royaume celtique, est le représentant des grands propriétaires ruraux face aux nouvelles forces sociales qui placent la Celtique sur les rails de l’urbanisation et des échanges entre les peuples frères de la Celtique d’une part et avec les puissances extérieures de la Méditerranée comme les Grecs et les Romains d’autre part.

II - Vers un affrontement militaire


En 52 avant J-C, l’affrontement avec les Romains de César devient inévitable. Vercingétorix est intronisé général en chef des armées alliées d’une partie de la Celtique (Séquanes, Bituriges, Arvernes… et les Eduens choyés par César mais qui se rallient aux Arvernes à la veille des combats).

Il faut noter ici que les Aquitains, les Belges et les Armoricains ne s’associent pas au soulèvement contre les Romains. Pire ! Des Volques de Toulouse au Rhône aideront les armées de César.

Un combat important a lieu à Gergovie près de Clermont d’Auvergne capitale des Arvernes, où César subit une cuisante défaite. Il se replie alors sur la Narbonnaise pour la protéger et reprend le combat contre les Eduens qu’il vaincra, puis contre les armées de Vercingétorix qui s’enferme dans Alésia.

On connaît la suite. Vercingétorix prisonnier, César va ravager l’année suivante le centre et le nord de la Celtique qui deviennent province romaine.

Tout n’est cependant pas terminé pour les Romains. En 51 avant J-C, juste un an après la défaite de Vercingétorix à Alésia et après celle de Dunmacos sur la Loire, deux chefs celtes résistent encore : Drappès et Lucterios se dirigent vers la Provincia pour y semer la peur, c’est du moins ce que disent les « Commentaires » qui parlent de « brigandages d’une bande criminelle » !

L’auteur (Hirtius, continuateur de César pour ses mémoires de guerre) raconte dans le livre VIII que Drappès a « rassemblé de toutes parts des gens sans aveu, appelé les esclaves à la liberté, fait venir à lui les bannis de toutes les cités, accueilli les voleurs, a intercepté les convois de bagages et de ravitaillement des Romains […], et a pour complice le cadurque Luctérios ».

Le légat romain Caninius poursuit les troupes des deux Celtes sur les Causses du Quercy. Celles-ci se réfugient alors dans le Montségur celtique : Uxellodunum, la capitale des Cadurques bien connue de Luctérios.

D’après les notes de César, Uxellodunum « était une place remarquablement défendue par la nature : […] des rochers à pic, dont l’escalade, même en l’absence de tout défenseur, était difficile pour des hommes portant leurs armes. […] Une rivière coulait au milieu d’une vallée profonde qui entourait presque complètement la montagne sur laquelle était juché Uxellodunum. […] Une source abondante jaillissait au pied même du mur de la ville. »

L’emplacement d’Uxellodunum a été bien discuté par les historiens. Pour les uns (tel Napoléon III), il pourrait s’agir du Puy d’Issolu, près de Vayrac dans le Lot, sur le Tourmente, affluent de la Dordogne ; les « trois camps romains placés à grande altitude » dont parle César seraient alors au Pech Demont, à Montbuisson et à Pariche. Mais où est la source ?

D’autres sites ont été proposés : Luzech par exemple, et surtout Vic de Capdenac. C’est ce dernier site qui correspond le mieux à la description d’Uxellodunum pour Champollion dont la conclusion d’un mémoire en 1820 dit : « Toutes les circonstances des localités, les privilèges existant encore au commencement de la Révolution, tout se réunit pour faire connaître que si la description d’Uxellodunum est exacte, elle s’applique plutôt à Capdenac qu’à toute autre position de l’ancien pays des Cadurci. »

Quoi qu’il en soit, cet épisode, peu connu du grand public, est aussi important que les deux précédents dans cette guerre. César en personne doit engager six légions romaines et toute sa cavalerie pour réduire la place qu’il assiège durant des semaines.

C’est par la ruse et non par les armes qu’il en viendra à bout, en construisant des ouvrages autour d’une source d’eau, vitale pour les assiégés, « si bien que non seulement le bétail et les bêtes de somme, mais encore la nombreuse population de la ville souffraient de la soif. »

Après le tarissement de la source, les assiégés « virent là l’effet non de l’industrie humaine, mais de la volonté divine. Aussi, cédant à la nécessité, ils se rendirent ».

Mais que sont devenus les deux chefs d’Uxellodunum ? Drappès a été capturé par Caninius au début du siège, lors d’une sortie nocturne pour tenter de rapporter du blé aux assiégés : il entreprit alors une grève de la faim qui lui fut fatale!

Quant à Luctérios, il réussit à s’enfuir au moment de la reddition et à se réfugier chez l’Arverne Epasnactos. Mais celui-ci « qui était un grand ami du peuple romain, sans aucune hésitation le fit charger de chaînes et l’amena à César »…

Il ira rejoindre Vercingétorix dont il partagera le sort : le Cadurque et l’Arverne seront exhibés au Triomphe de César à Rome en 46 avant J-C ; ils seront ensuite étranglés et leur corps sera jeté à la fosse commune.

Après sa victoire sur les Cadurques, César « qui n’était jamais allé lui-même en Aquitaine, mais y avait seulement remporté, grâce à P. Crassus, une victoire partielle », se mit en route vers ce pays qui sembla se soumettre à Rome : « Toutes les cités d’Aquitaine lui envoyèrent des députés et lui donnèrent des otages. Après cela, César partit pour Narbonne avec une escorte de cavaliers, laissant à ses légats le soin de mettre l’armée en quartiers d’hiver » : dix légions vont quadriller tous les pays conquis pour prévenir un éventuel soulèvement.

César employa les quelques jours qu’il passa en Narbonnaise à régler les conflits politiques entre chefs rivaux ou entre les « résistants » nationalistes et les « collaborateurs » des Romains, à récompenser aussi les services rendus durant le « soulèvement général, auquel la fidélité et les secours de ladite province lui avaient permis de tenir tête ».

Chapitre 2 : César et sa politique

On ne peut terminer ce bref historique sur les gallo-celtes sans une biographie succincte de leur vainqueur : César !

Caius Julius Caesar est né en juillet 101 avant J-C. Il est issu d’une famille patricienne de la « gens Iulia » qui compte de nombreux consuls et préteurs, et qui prétend descendre de Iule, le fils du Troyen Enée, lui-même fils d’Anchise et de Vénus !

Son grand-père a épousé une descendante du troisième roi de Rome. Ainsi César se considérera le descendant à la fois des dieux et des rois ! Son père est gouverneur de la province d’Asie ; sa tante Julia a été l’épouse de Marius. Lui-même, il épouse Cornelia, la fille de Cinna chef du parti populaire, ce qui lui vaudra l’exil en Asie lors de la dictature de Sylla.

En 73 avant J-C, il est élu tribun militaire ; en 68 il devient questeur en Espagne Ultérieure. En 67 il siège au sénat de Rome et soutient Pompée (héros populaire qui s’oppose à la noblesse) nommé généralissime contre Mithridate. Il participe avec Crassus à la conjuration de Catilina en vue d’assassiner les deux consuls conservateurs pour les remplacer par deux consuls populaires.

En - 63 avec Crassus et Catilina, il s’oppose à Cicéron; il est élu grand pontife et fait valoir son ascendance divine et royale. Propréteur en Espagne Ultérieure, il est salué du titre d’imperator par ses troupes. De retour à Rome, il conclut une alliance secrète avec Pompée et Crassus.

En - 59 il est consul et il réduit les pouvoirs du Sénat. Il marie sa fille Julia à Pompée, puis il reçoit pour cinq ans le gouvernement de la Dalmatie, de l’Italie du Nord et de la Narbonnaise.

Il déclenche alors la guerre dans les Gaules non soumises à Rome, ce qui lui permet de s’enrichir et d’entretenir des troupes nécessaires à sa puissance personnelle sur les marches du pouvoir. N’oublions pas que face à la gloire et aux légions de Pompée et face à l’immense fortune de Crassus, César n’a pratiquement rien en 59.

Il va donc piller et tuer : des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants égorgés dans Avaricum, tous les sénateurs Vénètes suppliciés et tout le peuple vendu comme esclave. Des historiens romains l’accusent d’avoir détruit des villes inutilement… pour faire du butin!

Mais après 51, en fin politique, comme le dit Hirtius son collaborateur et continuateur pour les « Commentaires » de la guerre des Gaules, César n’avait d’autre but que de maintenir les Cités dans l’alliance romaine, éviter de donner à aucune d’elles espoir ou prétexte de guerre… d’autant plus que des événements graves couvent à Rome.

I - Vers la guerre civile : "alea jacta est "


Pendant que César guerroyait contre les Celtes, Pompée devenait l’homme fort à Rome où le Sénat lui confiait en 53 avant J-C la défense de l’Etat et l’organisation des élections, tandis que Crassus, le meilleur allié de César, était tué par les Parthes au Proche-Orient.

En 52 la situation se dégrade. Pompée est consul unique. En 50 César tente un retour sur Rome pour s’emparer du pouvoir : avec ses troupes, il s’installe à Ravenne en Gaule Cisalpine. Devant le danger d’un coup d’Etat militaire, le Sénat confie alors la défense de la République à Pompée contre César. Rien ne va plus entre le gendre et le beau-père !

Dans la nuit du 11 au 12 janvier, les troupes de César franchissent le Rubicon (rivière frontière entre la Cisalpine et la République), empruntent la route de Brindes et contournent Rome par l’Est pour l’isoler de la Méditerranée orientale. Le 16 janvier César se dirige vers Rome que Pompée quitte pour rejoindre ses troupes dans le Sud de l’Italie.

Afin de préparer une reconquête de toute l’Italie, celui-ci s’embarque à Brindes avec l’armée, des consuls et des sénateurs pour mobiliser la Méditerranée orientale en faveur de la République. Pendant ce temps, César attaque les Pompéiens en Espagne et assiège Marseille partisane de Pompée. Il est nommé dictateur.

En 48, Pompée qui a reçu le commandement suprême par le Sénat réuni à Thessalonique bat César en Albanie; mais en août il est battu à Pharsale. Il s’enfuit en Egypte où il est assassiné sur l’ordre des ministres du Pharaon désireux de ne pas mécontenter César. Celui-ci en profite néanmoins pour soumettre l’Egypte, ce qui provoque une autre guerre, d’octobre 48 à mars 47 avant J-C.

César en sort victorieux et installe sur le trône d’Egypte le jeune Ptolémée XV et sa sœur Cléopâtre… qu’il emmène voyager sur le Nil durant deux mois !

Après son triomphe sur tous ses adversaires, il détient à Rome le pouvoir absolu : il s’entoure d’hommes sûrs ; il donne du pain et du travail au peuple ; il fait entrer les provinciaux (de Narbonnaise entre autres) au Sénat, il gracie certains de ses adversaires, tel Cicéron…

En 45 il contrôle les émissions monétaires ; le Sénat lui décerne le titre de « divus », l’autorise à porter la couronne de laurier et à prendre le titre d’imperator comme praenomen. En 44 il est dictateur à vie ! Il transforme alors la Cité romaine en un Etat méditerranéen, distribue des terres au peuple, fonde des colonies, lance une politique de grands travaux…

II- Vers une nouvelle monarchie

Des manifestations monarchiques ont lieu à Rome. César est souvent vêtu comme un roi avec une toge de pourpre et des chaussures rouges, mais il refuse par deux fois de porter un bandeau blanc emblème de la royauté.

Or il prépare une expédition en Orient et les livres sibyllins révèlent que seul un roi peut y vaincre les Parthes… et ses partisans au Sénat proposent de le faire roi d’Orient le 15 mars, jour des Ides.

Ce jour-là dans la Curie du Champ de Mars, César reçoit vingt-trois coups de poignard par des sénateurs issus de tous horizons politiques. Son corps est exposé sur le forum où Antoine exaltera la foule dans une oraison funèbre qui fait du dictateur un nouveau dieu : une comète passe dans le ciel de Rome, confondue avec son âme divinisée !


Mais très vite une nouvelle guerre civile de treize années verra s’affronter Antoine et Octave dans une course effrénée au pouvoir. La bataille d’Actium en 31 avant J-C donnera la victoire à Octave, héritier légitime de César qui va instaurer un pouvoir impérial dans une judicieuse synthèse entre la monarchie et la république.

Octave devient donc Auguste. Les Gaules conquises par les Romains sous la République sont intégrées à l’empire, réorganisées administrativement sans tenir compte des anciennes divisions. Le culte officiel de l’empereur est mis en place.

Les oppida de hauteur sont abandonnés au profit des habitats de plaine : c’est le cas de Toulouse qui s’entourera d’une immense enceinte et deviendra Palladia Tolosa. Les villes (urbi) et les bourgs (vici) se développent. Les villae héritières des grands domaines fonciers celtes s’implantent dans toutes les campagnes.

Les vieilles nations celtiques sont soumises à Rome dans toute l’Europe, exceptées l’Irlande et l’Ecosse. La culture celte va progressivement disparaître dans le cadre d’une nouvelle civilisation : celle de l’empire romain, même si les contrées colonisées conservent chacune une certaine personnalité.

Il faut souligner à ce sujet les différences entre Gaule du Nord et Gaule du Sud qui perdureront jusqu’à nos jours, qui furent officialisées par leur partage en deux diocèses administratifs bien séparés dès le IV° siècle et qui préfigureront deux communautés linguistiques distinctes au Moyen Age avec la langue d’Oil pour le nord et la langue d’Oc pour le sud !

Jòrdi Labouysse