Interview de Kristian Guyonvarc’h,
Vice-président de R&PS, vice-président
du Conseil
Régional de Bretagne - Union Démocratique Bretonne
1- Quels sont les différents facteurs
qui vous ont amené à militer au sein de l’Union
Démocratique Bretonne (UDB) ?
J’ai trouvé en l’UDB un parti
politique – le seul en Bretagne – qui me permettait de
concilier la promotion de l’identité bretonne et des
droits du peuple breton avec l’exigence de justice sociale,
l’écologie et la solidarité internationale qui
fut mon premier engagement. L’UDB est plus qu’un parti
breton, c’est un parti de Bretagne ouvert sur le monde, dans
le sens où l’entendait le poète breton d’origine
occitane Saint-Pol Roux, martyrisé par les nazis, quand il
écrivait : « Bretagne est univers ».
2- Vous assurez actuellement la vice-présidence
du Conseil Régional de Bretagne. Quel parcours professionnel
et politique vous a conduit à ce poste captivant ?
Sur le plan professionnel j’ai pratiqué
le nomadisme. J’ai été successivement professeur
d’histoire-géo, assistant parlementaire puis administrateur
d’un groupe politique au Parlement européen (avec Max
Simeoni comme député), enfin conseil d’entreprise
en recherche-développement auprès des PME bretonnes.
J’ai cédé mon affaire en 2002 quand un mandat
d’adjoint au maire de Lorient est venu s’ajouter aux responsabilités
de porte-parole de l’UDB. Je suis entré au bureau politique
de l’UDB en 1986 (je l’ai quitté au dernier congrès).
J’ai été porte-parole de 1994 à 2004.
3- Vous êtes en charge des affaires
européennes et internationales pour le Conseil Régional.
L’Europe des Régions est-elle un mythe ou une réalité
?
Ce n’est certainement pas un mythe quand on
voit comment les forces politiques catalanes, basques et galiciennes
ont obtenu de l’Etat espagnol d’abord, de l’Union
européenne ensuite que leurs langues propres deviennent des
langue d’usage dans les institutions européennes (décision
adoptée le 13 juin 2005 par le Conseil des ministres de l’UE).
Quand les ministres « régionaux » des laender allemands,
de la Flandre ou de l’Ecosse siègent au Conseil des ministres
de l’Union européenne au côté du ministre
français, l’Europe des Régions est une réalité
tout aussi palpable.
4- La majorité des Etats membres de
l’Union européenne sont autonomistes ou fédéralistes.
Comment perçoivent-ils le système centraliste français
?
Comme un vestige du XIXème siècle au
XXIème. Aucun Etat fédéral ou fortement régionalisé
comme peut l’être l’Espagne n’envisage un
retour vers le centralisme. Au contraire, le transfert de nouvelles
compétences législatives aux « régions
» est un phénomène général en Europe,
même dans des Etats qui appartenaient à l’ancien
« Bloc de l’Est » comme la Pologne (les règles
d’urbanisme opposables au tiers y sont définies par les
jeunes parlements régionaux installés en 1999).
5- Les revendications autonomistes ont-elles un écho favorable
dans l’enceinte du conseil régional et y trouvent-elles
les moyens d’être concrétisées ?
Elles peuvent s’y exprimer et ne sont pas considérées
comme incongrues, c’est déjà beaucoup. Cela dit,
les autonomistes qui s’assument aujourd’hui sont au nombre
de quatre, les quatre élus du groupe UDB – gauche alternative.
Les Verts ne sont pas hostiles à la revendication mais n’osent
pas encore la formuler ouvertement. Plusieurs élus socialistes
et UDF ont également ce positionnement.
Mais ce que tous les conseillers régionaux
peuvent constater, c’est que la « décentralisation
» à la française est une mascarade car les transferts
de compétence ne sont pas négociés mais imposés
par l’Etat central dans leur définition (exemple : la
formation de certains professionnels paramédicaux alors que
celle des professeurs bilingues nous est refusée) et non accompagnés
des moyens financiers correspondants. D’autre part notre ambition
de développer nos coopérations interrégionales,
avec le Shandong (province de Chine), la Saxe, la Wielkopolska (région
polonaise) et surtout le Pays de Galles, met chaque jour en évidence
notre grave déficit de moyens.
6- Vous êtes actuellement vice-président
de la fédération Régions & Peuples Solidaires.
En quoi consiste cette fédération et quels atouts procure-t-elle
pour les organisations qui en sont membres ?
La fédération Régions &
Peuples Solidaires a été créée pour permettre
à des partis politiques tenus dans un certain isolement par
le système politique français de s’épauler
et de faire entendre la voix de l’eurorégionalisme. Elle
donne une plus grande visibilité à chaque organisation
membre dans l’espace politique français et permet de
se présenter ensemble à des scrutins difficiles d’accès
comme les législatives (112 candidats R&PS en 2002).
7- La régionalisation en France a-t-elle réellement
été effective ? Quels sont les pouvoirs que vous souhaiteriez
voir attribuer à la région en cas de reprise du processus
de décentralisation ?
La régionalisation, au sens où on l’entend
en Europe, reste à faire. La France est aujourd’hui le
dernier Etat d’une certaine taille en Europe qui n’a transféré
aucun pouvoir législatif à ses régions métropolitaines.
En France le budget des régions pèse 3% des dépenses
publiques (hors sécurité sociale) quand il représente
plus de 20% en Italie, environ 30% en Espagne et 40% en Allemagne.
C’est clair, non ?
Les compétences – pas seulement de gestion
mais législatives et réglementaires - à conquérir
concernent d’abord la maîtrise du foncier (aménagement
du territoire, règles d’urbanisme, logement, protection
de l’environnement, énergies renouvelables) et l’identité
(politique linguistique, culture, médias, intégration
de nos cultures dans les enseignements).
Il en est des peuples comme des hommes. Quand un
peuple n’est ni maître de son territoire ni libre de penser
le monde à sa façon, il est sous domination.
Propos recueillis par Philippe Sour