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Interview d'Anne-Marie Hautant : la vie quotidienne d'une élue municipale d'opposition à la mairie d'Orange

1- Anne Marie Hautant , vous êtes conseillère municipale d’opposition à la mairie FN d’Orange. Depuis quand exercez-vous ce mandat et au nom de quelle formation politique ?

J’ai été élue en mars 2001. L’année précédant les municipales de mars 2001 avait été le théâtre de nombreuses discussions entre les divers mouvements politiques « républicains » qui visaient à mettre en place une liste unique en face de la liste J.BOMPARD, à l’époque encore militant FN.
Ce qui devait arriver, arriva : l’entente droite/gauche fut impossible.
C’était alors le début de mon engagement politique, mon adhésion au Partit Occitan datant de décembre 2000.
Après diverses péripéties, je me suis retrouvée à la tête d’une liste « citoyenne » déconnectée des partis politiques « classiques » qui n’avaient pas su ou pas voulu se donner les moyens d’une victoire partagée contre l’extrême droite. L’élection de Bompard à 60% a fait le reste et c’est ainsi que je me suis retrouvée élue.

2- Votre activité d’élue d’opposition se déroule-t-elle dans de bonnes conditions au sein du conseil municipal ?

Je distinguerai les conditions matérielles et les conditions psychologiques d’exercice de ce mandat.
Pour les conditions matérielles, ni local, ni possibilités d’envoyer des courriers sur papier à l’entête de la mairie. Les contacts avec les fonctionnaires soupçonnés de ne pas être acquis à la cause Bompardienne doivent être plus que discrets, voire secrets. Ceux qui se commettent avec l’opposition sont en effet convoqués et risquent de subir la mise au placard. Avec les plus fragiles, la prudence doit dominer. J’ai vécu 2 cas de ce type. Pour l’un d’eux, l’épouse Bompard elle-même avait suivi et épié une prise de contact entre un responsable de mon association politique et un employé de Mairie.
Autre exemple : depuis mon élection de 2001, la Calandreta d’Orange s’est vue refuser tout ce dont peut bénéficier une association : prêt de matériels lors des manifestations de l’école, locaux pour les lotos, mise à disposition de bus pour les déplacements d’enfants (les autres écoles publiques également d’ailleurs). Cette année seulement elle a eu la possibilité de participer à la journée des associations pour se faire connaître sur la Ville. Pour cela il a fallu que la nouvelle équipe certifie « juré/craché » que A.M Hautant ne faisait plus partie de l’association.
Pour que nos droits de conseillers minoritaires puissent être respectés, il faudrait employer une personne à temps plein pour exercer sur le système en place une pression constante, directe et indirecte par le biais des différentes institutions que sont la Préfecture, le Tribunal Administratif, les Institutions diverses sans oublier le tribunal Correctionnel ou Pénal. Ceci nous est malheureusement parfaitement impossible.

3- Le maire d’Orange, Jacques Bompard, assure-t-il un fonctionnement démocratique du conseil municipal ? L’expression des différents courants politiques est-elle garantie ?

Assurément non, même si les années passant, la stratégie Bompardienne se devait d’offrir aux citoyens vauclusiens l’illusion qu’il était un vrai démocrate et que si déni de démocratie il y avait, c’était aux camps d’en face qu’il fallait demander des explications. Stratégie classique de la victimisation.
Dans le même temps que fait Bompard : règlement intérieur de 2001 : 3mn d’intervention sans reprise de parole ( disposition envisageable pour les grosses assemblées, mais à Orange, avec 3 opposants !!! ). Les questions orales sont limitées à « une » pour un conseiller non inscrit, mais un compte rendu exhaustif des débats est produit, issu d’un enregistrement .
Première modification en octobre 2002 : j’ai droit à 51 mots pour m’exprimer sur la revue municipale. Lors des premières parution les contributions de l’opposition se situaient en bas de page, avec la plus petite et la plus fine police disponible, sur un fond de couleur rendant la lecture impossible et toujours suivies d’une réponse à la limite de la calomnie. Mais il y a toujours un compte-rendu exhaustif des séances du conseil municipal.
Deuxième modification en novembre 2003 : les questions orales deviennent des questions écrites communicables 3 jours francs avant la séance et leur contenu strictement encadré, ne dépassant pas 3mn de présentation. Ces questions ne sont pas transmises à la Préfectures et ne sont pas notées au PV de séance. La possibilité de retirer la parole et d’expulser un conseiller municipal est inscrite dans le règlement intérieur. Pour parachever l’ouvrage, le compte-rendu exhaustif des séances du Conseil Municipal disparaît, remplacé par le texte de la délibération et le sens du vote.
La démocratie selon Bompard, c’est le silence, aucune information à l’extérieur de ce qui se passe dans l’enceinte du conseil, pas de traces donc pas de délit. Personne pour relire dans quelques mois ou quelques années qu’au cours de la dernière séance Bompard m’interrompt en hurlant « Taisez-vous » et qualifie mes propos de « …vomi habituel…. ».

4- Les Orangeois ne partageant pas les idées de la majorité municipale subissent-ils des pressions ?

Le drame pour les démocrates que nous sommes c’est de voir nombre de nos concitoyens réduits au silence par la peur des représailles qui les menace.
Certains militants qui menaient la lutte contre Bompard ont jeté l’éponge et ont préféré déménager. Cette peur est particulièrement présente dans le monde associatif qui se verra privé de locaux et/ou de subsides au cas où il ferait mine de s’opposer. C’est ainsi que les dernières associations à se voir privées de locaux sous des prétextes fallacieux sont : le secours populaire, les syndicats de parents d’élèves, le Théâtre du ¨rêve éveillé, le Théâtre du sablier que l’on empêche, sous prétexte de sécurité de recevoir plus de 19 personnes dans leur petit local, fermeture d’une salle de réunion dans un quartier populaire de la Ville. Personne ne s’est jamais gêné pour s’opposer aux précédentes majorités car les représailles n’étaient pas à craindre.
Bompard n’hésite pas à mettre les collégiens et leurs professeurs hors des gymnases pour obtenir quelques subsides complémentaires du Conseil Général ; il n’hésitera pas à couler une association qui prend en charge 500 gosses si les dirigeants osent manifester leur choix politiques propres ou simplement leur désapprobation. Aujourd’hui, à Orange, tout le secteur associatif subventionné est muselé.
Parmi les autres manifestations de la mainmise du système Bompard sur les citoyens Orangeois il y a les groupes de pression organisés pour venir faire la claque à Bompard au Conseil Municipal. Autant de personnes qui n’écoutent qu’un seul son de cloche, jugeant sans connaître et sans débat.


5- Avez-vous subie des pressions dans votre vie privée de la part de la municipalité d’Orange ?

Moi personnellement non, mes enfants oui. JP Pasero, adjoint délégué aux sports, a voulu exclure mes enfants des animations municipales. Cette décision a été annulée par le Tribunal Administratif.
D’autre part, mes enfants qui suivaient une formation à l’école de musique d’Orange ont été usés par des attitudes particulièrement odieuses : intimidations lors d’un examen de solfège, renvoi injustifié d’une classe de flûte traversière annulant ainsi un cycle de formation complet, tout ceci orchestré par le nouveau directeur de l’école de musique qui tenait les bureaux de votes pour le FN à l’époque. Ajoutons à ceci que j’étais représentante de parents d’élèves remplaçante une année et que lors du renouvellement je n’ai tout simplement pas été informée.
Aujourd’hui, Bompard utilise l’une des employée de Mairie pour porter plainte contre moi auprès du tribunal correctionnel de Carpentras au prétexte de propos diffamatoire tenu en séance de Conseil Municipal : intimidation !
La vie des opposants à Orange n’est pas un long fleuve tranquille. Orange fait partie d’une grande démocratie . Qui peut imaginer ce qu’il adviendrait dans un Pays soumis à une vraie dictature ? Quels relents ces attitudes invoquent-elles ? Pour moi ce sont les pires moments de l’histoire de l’humanité qui sont convoqués par ces pratiques et ces attitudes.
A ceux qui prétendent que ces travers se retrouvent un peu partout dans nos collectivités quelles que soient les couleurs politiques, je répondrais que la spécificité Orangeoise réside dans la concentration de ces travers qui comme je le crains, risque d’être le devenir de nos démocraties épuisées par les sempiternelles non réponses aux lancinantes questions que sont : le refus des différences, le chômage, le non avenir.

6- Jacques Bompard a quitté le FN en septembre dernier et soutient la candidature de Philippe De Villiers aux élections présidentielles. Que pensez-vous de cette stratégie politique ?
S’agit-il d’une tentative de se procurer un vernis « démocratique » ?

Sans aucun doute. Le vicomte Philippe le Jolis de Villiers de Saintignon est sans doute considéré par J Bompard comme une monture plus efficace que JM Le Pen pour porter ses ambitions de futur député, voir plus, pourquoi pas.
Que donnera cette stratégie à long terme ? Ma dernière boule de cristal reste muette à ce sujet. Réfléchissons ensemble.
L’arrivée de Bompard dans l’équipe de de Villiers a pour effet premier d’obliger ce dernier à radicaliser son discours, jusqu’à la caricature lorsqu’il ose dire que la France est en guerre civile. On a envie de les envoyer en stage dans des Pays où la guerre est vraiment installée, juste pour leur redonner le goût de la mesure.
Il ne faut pas oublier que Bompard représentait la faction la plus radicale du FN.
Jusqu’où et jusqu’à quand l’un et l’autre vont-ils décider de mener ce nouveau pacte ?
Plus que tout, quelle va être l’attitude des autres formations politiques, de droite bien entendu, vis à vis de ce nouvel équipage ? Va-t-on les banaliser, les digérer, les inclure gentiment et sans bruit dans le jeu de la droite Républicaine élargie en les remerciant par quelque poste ???!!!.
Derrière cette première bande, quoi ou qui se cache-t-il ? Je n’ai pas, par exemple, entendu de condamnations très virulentes de N. Sarkozy à l’endroit de de Villiers sur ce regroupement opportun. Tout est possible en politique, surtout le pire.
A Orange, j’ai pris l’habitude de voir arriver les coups tordus de loin.
A surveiller donc les signatures pour l’investiture à la future Présidentielle.

Propos recueillis par Philippe Sour

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