LE FONDS
EUROPEEN DE DEVELOPPEMENT REGIONAL
I
– Etat des lieux
L’Union européenne compte
actuellement 254 régions : toutes n’ont pas le même
niveau de développement économique et social. Hambourg
a par exemple un revenu par habitant quatre fois supérieur
à celui de l’Alentejo. Pour que l’Union européenne
se développe de façon harmonieuse, il est impératif
de corriger ces déséquilibres régionaux : c’est
le rôle du Fonds Européen de Développement Régional
(FEDER).
Géré par la Commission européenne,
le FEDER cofinance des projets qui permettent aux régions en
difficultés d’amorcer un développement sur le
plan économique, social ou environnemental. Les projets subventionnés
par le FEDER s’étalent sur plusieurs années ce
qui leur vaut le nom de « programmes pluriannuels ».
Les programmes pluriannuels sont élaborés
et gérés par les Etats et les Régions sous le
contrôle de la Commission européenne. Ainsi, pour la
période 2000-2006, le FEDER a cofinancé plusieurs programmes
qui visent à aider des régions connaissant des handicaps
particuliers (objectifs 1 et 2) et à soutenir des actions spécifiques
( Interreg III, Urban II et actions innovatrices) :
L’objectif 1 aide les régions les plus
défavorisées. Ces régions sont caractérisées
par un chômage élevé, un faible taux d’investissement
dans les entreprises locales, un manque de services aux personnes
et aux entreprises et une faible dotation en équipement de
base (santé, éducation, transports, adduction d’eau..)
L’objectif 2 soutient les régions
qui connaissent un déclin de leurs activités économiques
traditionnelles. Les aides accordées visent à développer
des activités alternatives permettant une reconversion économique
et sociale de ces régions.
Interreg III encourage la coopération entre
les régions de l’Union européenne par delà
les frontières. Le but est de favoriser l’échange
d’expériences entre les régions et de former des
grands groupes de régions européennes capables de mettre
en œuvre des stratégies communes de développement.
Urban II a pour objectif de revitaliser les villes
et les banlieues en crise en appliquant des stratégies innovantes
et en échangeant des expériences relatives au développement
urbain durable dans l’Union européenne.
Les actions innovatrices
aident les régions défavorisées à investir
dans les nouvelles technologies de l’information et de la communication.
Le but est de mettre en place des politiques basées sur la
connaissance et l’information qui auront pour objectif la création
d’emplois de qualité favorables à un développement
durable.
Les régions ne sont pas les seules bénéficiaires
des aides financières accordées par le FEDER : toute
entreprise, association ou personne morale porteuse d’un projet
répondant aux critères fixés par les différents
programmes peut bénéficier de ces fonds.
II – Les dates clés
1957
: Le Traité de Rome précise la nécessité
pour les Etats signataires de « renforcer l’unité
de leurs économies et d’en assurer le développement
harmonieux en réduisant l’écart entre les différentes
régions et le retard des moins favorisées ».
Mars 1975 : création
du Fonds Européen de Développement Régional,
instrument financier de la politique régionale de la Commission
européenne.
1986
: l’Acte Unique Européen pose les bases juridiques
d’une véritable politique de cohésion destinée
à corriger les écarts de développement en s’attaquant
aux facteurs économiques et sociaux.
1992 : Le traité
de Maastricht fait de la politique de cohésion un objectif
majeur de l’Union européenne.
Février 2004 : La commission européenne adopte «
Le troisième rapport sur la cohésion économique
et sociale » dans lequel elle décrit la politique régionale
qu’elle voudrait mettre en œuvre dans l’Union européenne
pour la période 2007-2013.
Juin 2005 : les chefs
d’Etat et de gouvernement réunis en Conseil européen
à Bruxelles ne parviennent pas à un accord sur le niveau
global du budget européen pour la période 2007-2013,
jetant ainsi une zone d’ombre sur le montant des fonds qui seront
attribués au FEDER durant cette période.
Septembre 2005 : la
présidence britannique au Conseil des ministres a précisé
qu’elle n’avait pas l’intention de transmettre de
nouvelles propositions financières pour les régions
tant que le problème plus général du budget européen
n’aura pas été réglé.
III – Les termes du débat
L’élargissement de l’Union
européenne à 25 Etats membres entraîne des bouleversements
sans précédents: passage de 380 à 454 millions
d’habitants, doublement de des disparités économiques
entre les régions, baisse de 12,5% du PIB moyen de l’Union
européenne. Dans tous les nouveaux Etats membres, le PIB par
habitant est inférieur à 90% de la moyenne communautaire.
La Commission a ainsi adopté « Le troisième rapport
sur la cohésion économique et sociale » qui propose
une politique régionale adaptée aux nouveaux défis
de l’Union européenne pour la période 2007-2013.
L’objectif essentiel sera d’aider les régions les
plus pauvres afin de réduire les disparités et d’accélérer
la croissance économique de l’Union.
Les régions les plus pauvres étant situées dans
les nouveaux Etats membres, les aides accordées par le FEDER
et les autres fonds structurels connaîtront un déplacement
géographique vers l’est. Pour leur éviter d’être
pénalisées par l’effet de l’élargissement,
les régions des Quinze continueront à percevoir des
aides de façon dégressive jusqu’en 2013 afin d’achever
leur rattrapage économique et social.
La Commission a ainsi proposé d’augmenter de 26% l’enveloppe
des aides régionales pour 2007-2013, ce qui oblige à
relever le taux de contribution des Etats membres au budget européen
à 1,24% de leur revenu national brut. Cette option a été
écartée par les six Etats contributeurs nets au budget
européen : la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni, les
Pays-Bas, la Suède et l’Autriche souhaitent en effet
limiter ce taux à 1%. Dix-sept pays souhaitent au contraire
un budget suffisant et solidaire afin de maintenir l’équilibre
de la politique communautaire en faveur des régions et des
pays les plus démunis.
Les nouveaux pays entrants devraient pouvoir bénéficier
de la solidarité européenne comme ce fut le cas pour
les pays les moins prospères de l’Union Européenne
dans le passé. Ainsi grâce aux aides accordées
par le FEDER et les autres fonds structurels , les quatre pays les
moins prospères de l’Union (Grèce, Portugal, Espagne,
Irlande ) ont connu une augmentation de leur PIB moyen par habitant
de 67,6% en 1988 à 78,8% en 1998. Plus concrètement,
on estime à 2,2 millions le nombre d’emplois crées
ou maintenus avec l’aide des fonds structurels pendant la période
1989-1999 dans toutes les régions aidées de l’Union.
IV – La position du groupe Verts-Alliance
Libre Européenne
Pour le groupe Verts-ALE, il faut donner à l’Union
européenne les moyens budgétaires nécessaires
pour soutenir les régions en retard de développement
et faire face aux défis de l’élargissement. Limiter
les contributions des Etats membres à 1% du RNB est très
insuffisant et dérisoire comparé aux 50 Etats américains
qui consacrent 20% de leur PNB au budget fédéral.
Il est également nécessaire d’assouplir le seuil
de financement des projets présentés par les entreprises,
les associations ou les collectivités locales. En effet, l’Union
européenne finance 50% du coût total du projet . L’initiateur
du projet a la difficile charge d’obtenir les autres 50 % auprès
des co-financeurs nationaux : Etat, département, région,
communes.
L’Union européenne fournit tardivement les financements
car elle rembourse uniquement sur factures. Des financements-relais
devraient être crées pour permettre à l’initiateur
du projet de faire face à ses frais en attendant le versement
des subventions européennes.
Pour sélectionner les régions devant bénéficier
prioritairement des aides publiques, des critères économiques
ont été déterminés : taux de chômage,
équipement en infrastructures de base…Un zonage géographique
a ainsi été mis en place déterminant les localités
pouvant prétendre ou non aux subventions européennes.
Certains cantons, connaissant également des problèmes
économiques ou sociaux, se retrouvent pénalisés
par ces effets de frontières géographiques. Le système
de zonage devrait être assoupli et intégrer des critères
sociaux et environnementaux capables de témoigner de la qualité
de vie des citoyens.
En France, les fonds structurels sont obligés de transiter
par Paris ce qui engendre une perte de temps et un éloignement
des préoccupations du terrain. Pour être au plus près
des intérêts locaux, les régions devraient donc
disposer d’ un pouvoir plus large dans le pilotage des fonds
structurels.
Philippe Sour, chargé
de mission interface « R&PS» - « Sinople »